Didier Ndengue

Musique engagée(Tome1): Le kamikaze Valsero et les 33 ans de chinoiserie de Paul Biya

Le rappeur vient de mettre une « bombe » sur le marché discographique en direction du chef de l’Etat camerounais. 

« 33 ans de dictature, 33 ans de corruption, 33 ans de népotisme, 33 ans de destruction, 33 ans de souffrance, de misère sans interruption, 33 ans d’arrogance, de violence, et d’humiliation, 33 ans de mensonges bercés par des illusions, 33 ans de pénitence, de survie,…33 ans de prière, toujours en quête de solution, 33 ans de 33 pour noyer nos ambitions, 33 ans de Castel, de Guinness comme une punition, 33 ans de promesse de grande ambition, 33 ans de Bikutsi pornographique comme solution, se déchaine le « Général » Valsero dans le premier couplet de sa dernière livraison musicale.

Je sens que ce tube va faire le buzz! Il va même donner, si ce n’est pas encore le cas, des insomnies au régime de Yaoundé. En tout cas, il faut s’attendre à ce genre de chanson avec un mec réaliste comme le « Général » Valsero, qui ne supporte pas les injustices. En effet, pour la petite histoire, le rappeur engagé camerounais vient de commettre un nouveau titre intitulé « Motion de soutien ». Depuis deux jours, je suis ce rap dans tous les sens pour capter son message de fond. Pour l’heure, je dirais que c’est une vraie bombe, une sorte de ras-le-bol en direction de M. Biya.

Valsero dans ses œuvres
Valsero dans ses œuvres

Indignation

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Paul Biya est le deuxième président du Cameroun, depuis son indépendance, il y a plus de cinquante ans. Comme s’il était le seul héritier du combat de nos nationalistes qui ont versé de leur sang pour la libération du pays, ce monsieur, à lui seul, cumule plus de 33 ans de pouvoir sans partage. C’est insupportable, pour le rappeur Valsero. «Il n’y a plus de honte dans ce monde », s’étonne le rappeur dès l’entame de sa chanson. 33 ans, en réalité, c’est 33 bonnes années de gâchis, de statu quo, de grosses incompréhensions tout simplement, selon le musicien!

Toujours dans « Motion de soutien », dont le clip vidéo est déjà disponible sur les réseaux sociaux, le rappeur engagé dresse le bilan des 33 ans de l’homme fort d’Etoudi. Pour être franc avec vous, chers lecteurs, ce que ce garçon décrie haut et fort, est ce que la majorité de camerounais pensent tout bas. « 33 ans de contrôle, contrôle de nos émotions, 33 ans de Chinois, de grosses incompréhensions, 33 ans de sodomie comme une étrange addiction, 33 ans d’agression, de viol à répétition, 33 ans de couche-toi je t’allume et ferme ta gueule,…» s’indigne-t-il.

Les réseaux sociaux remplacent les TV

Vous verrez que cette chanson va connaitre un succès total. Et comme les médias de chez nous sont à la solde d’Etoudi, je parie que le clip ne sera pas diffusé d’aussitôt. Je vois mal les patrons de la CRTV (télévision publique), Canal 2 International (télévision privée), etc., autoriser la diffusion de ce clip qui incite à la révolte, avec des images assez choquantes représentant de jeunes camerounais morts en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe à partir du Maroc, à la recherche des meilleures conditions de vie, ou encore ceux tués par les terroristes, etc.

«Tu veux garder le Cameroun pour toi ? Ok! On te le laisse. Vas-y prends-le. Si tu veux étouffe-toi avec. On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons. Il y a plus de chance de s’en sortir au milieu des requins». Ce refrain est une partie de ma pensée. A un moment donné, je me suis dis qu’il fallait qu’on abandonne ce pays, notre terre sacrée, à ces dinosaures qui refusent de bien le gérer, se prenant pour des étrangers.

Un Général rebelle
Un Général rebelle

Avec un bilan aussi sombre, notre rappeur, par ailleurs porte-parole de la jeunesse camerounaise, tout comme Issa Tchiroma Bakary, ministre camerounais de la Communication, est le porte-parole du gouvernement, s’étonne encore de constater que « tu te prépares aux élections », face à une jeunesse consternée, qui ne rêve plus, « sinon de partir très loin. Regarde ces jeunes, ils ne luttent plus, ça ne servira à rien pour certains ».

En attendant que la jeunesse camerounaise adopte cette chanson comme hymne, encore que certains ont même du mal à chanter clairement notre hymne national, car fainéantisés, le nombre de vues du clip vidéo du « Général » Valsero sur Youtube grimpe à une vitesse étonnante depuis sa mise en ligne, il y a seulement quelques jours.

Chers lecteurs, nous commenterons le deuxième couplet de « Motion de soutien » dans les prochains jours, si et seulement si cette bombe à retardement n’est pas désamorcée, bien sûr ! 


Kum’a Ndumbe III (1ère partie) : Jeunes africains, entendez-vous la voix de la sagesse ?

Il est d’une sagesse rare et d’une franchise absolue. Une perle sur qui la jeunesse africaine doit compter pour renouer avec le passé, tout en restant moderne. Je suis fier d’avoir fait sa connaissance. Panafricaniste d’un autre genre, le prince des « Bélé Bélé » mérite plus.

En novembre 2015 à Dakar, capitale sénégalaise, le blogueur malien vivant à Washington DC, aux Etats-Unis d’Amérique, Issa Balla Moussa Sangare, m’avait donné quelques noms des personnes qui comptent les plus pour lui en Afrique. Dans ma chambre ce 3 mai 2016 dans une banlieue de Douala, la carte de visite de ce jeune homme entre les mains, je pense encore à notre conversation à l’Espace Thialy. Nous parlions du panafricanisme. De ces hommes et femmes qui croient qu’ils peuvent redonner à l’Afrique ses lettres de noblesse en adoptant cette doctrine. Issa en fait d’ailleurs partie.

L'Afrique est d'abord aux africains
L’Afrique est d’abord aux africains

Sur sa carte de visite, le jeune africain a pris le soin de préciser qu’il est « un blogueur, web-activiste et panafricaniste d’obédience Modibo Keita, Kwameh N’Krumah et Julius Nyerere ». Des dignes fils qui ont toujours rêvé du meilleur pour l’Afrique par les africains. A cette liste, mon pote malien avait aussi invoqué le nom de Kum’a Ndumbe III, qu’il rêve de rencontrer. Il a beaucoup de choses à lui demander. Tellement à apprendre du petit-fils de Lock Priso.

Plus de cinq mois après notre séparation au Sénégal, j’ai pensé que notre conversation méritait une suite. Issa m’avait aussi parlé d’un bouquin qu’il compte mettre sur le marché dans les prochains mois. Vieux frère, j’espère que tes projets tiennent toujours ? Eh bien sache que Kum’a Ndumbe III que tu rêves de rencontrer, réside à moins de trente minutes de chez moi. Il me suffit juste de sauter dans un taxi pour assister à ses multiples activités à Bonabéri, dans le 4e arrondissement de Douala. Donc s’il t’arrive un jour de faire un tour au bled, penses-y.

Le prince des "Bélé Bélé"
Le prince des « Bélé Bélé »

Le gardien des valeurs ancestrales

J’ai pris goût à écouter Kum’a Ndumbe III. Pour moi, c’est l’héritier vivant des traditions africaines. J’ai parfois l’impression qu’il travaille au quotidien avec nos ancêtres. Il parle hyper bien. Rien à avoir avec les diplomates qui bavardent beaucoup sans convaincre. Il puise non seulement dans la tradition, mais aussi dans le modernisme. Les résultats de ses études sont impeccables. Aucune virgule à y ajouter. Depuis que je participe à ses différentes activités à la Fondation Afric Avenir International dont il est le président, je me sens chez moi. Dans l’Afrique que Dieu a créée. Celle qui ne demandait rien à personne. Qui avait sa culture, son alphabet, sa science, sa politique, son école de la vie, ….

Cette Afrique qui vivait paisiblement. Celle qui pouvait communiquer avec ses enfants dispatchés un peu partout sur le continent, sans téléphone mobile, mais avec des moyens hérités de son créateur. Au côté de Kum’a Ndumbe III, je renais en quelque sorte de mes cendres. Je vois une Afrique en rose avant l’arrivée de ceux qui l’ont dépouillée de toutes ses richesses.

Ils ont même emporté nos souvenirs. Qu’ils sauvegardent jalousement dans leurs musées. Ils nous ont formatés. Chaque fois qu’il va en Europe, Kum’a Ndumbe III nous ramène toujours un souvenir de nos ancêtres. Eux qui ne sont jamais montés dans l’avion jusqu’à leur dernier souffle.

Comment leurs souvenirs ont fait pour se retrouver à des milliers de kilomètres ? Le Tangue, bateau de Lock Priso, le grand-père de Kum’a Ndumbe III fait quoi en Allemagne ? Les manuscrites de nos ancêtres font quoi en France ? Dans les manuscrites retrouvées à Strasbourg que Kum’a Ndumbe III a pu scanner, on peut voir quelles écritures nos ancêtres avaient adoptées de leur vivant, leur façon d’écrire n’avait rien de ce qu’on nous impose de nos jours dans nos écoles et grandes universités.

A la prochaine pour la deuxième partie de notre billet sur la légende Kum’a Ndumbe III   


Douala : interdit de polluer et interdit de punir ?

La ville de Douala, capitale économique du Cameroun, compte environ 120 quartiers répartis en 6 arrondissements. Chaque quartier est en soi une ville dans la ville, c’est le cas de New-Bell, zone assez vaste située à la sortie de la ville, sur l’axe Douala-Yaoundé. New-Bell abrite le marché central, centre vivrier de Douala, ainsi que la prison centrale, qui teinte le quartier d’une connotation particulière. New-Bell se caractérise aussi par une situation sanitaire désastreuse, les ordures ménagères inondent les rues du quartier alors que la communauté urbaine de Douala l’interdit. Ici, on pisse sur les instructions des autorités.

Ça pue dans le coin. L’odeur est trop forte. Les passants se pincent le nez avant de traverser. Chacun secoue la tête en signe de désapprobation et en se demandant s’il est réellement en ville, et de surcroît dans la capitale économique camerounaise ! Il est déconseillé à quiconque souffrant de problèmes respiratoire de passer par ici. A moins qu’il ne possède un cache-nez ! Je n’en ai pas malheureusement. Je me suis rendu à New-Bell sans avoir été informé de cette situation d’hygiène déplorable. Comme tous les passants, j’ai bouché mes narines et ma bouche avant de traverser. J’ai voulu absolument immortaliser ces tas d’ordures ménagères dont les odeurs me pénétraient jusqu’aux poumons. Nous sommes ici au lieu-dit « Fin goudron Ngangué », dans le deuxième arrondissement de Douala, comme son nom l’indique, c’est ici que le goudron finit, plus de route. Et les ordures ménagères prennent le relais. Sans blague. Vous l’aurez compris, ce quartier ne fait pas partie des riches quartiers de la ville, mais ce n’est pas une raison… Certains habitants de cette banlieue sont même capables d’inviter les ordures à séjourner chez eux, jusque dans leur chambre !

Cessez de jeter les ordures partout
Cessez de jeter les ordures partout

Vous ne me croyez pas ? Vous êtes libres. C’est pourtant la triste réalité. Ici, les ordures ménagères de tout genre inondent les rues sans que cela ne gêne personne. Mais qui ça devrait gêner quand ceux qui jettent ces déchets sont les premiers plaignants ? Les habitants du quartier osent même ouvrir leur grande gueule pour accuser la Communauté urbaine de Douala (CUD) ou la Société d’hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam) de ne pas faire leur job. Bon, j’avoue, ils n’ont pas complètement tort. Normalement, les autorités devraient traduire ces pollueurs en justice, pour non respect des plaques de « sensibilisation ». Est-ce normal d’ignorer à ce point des plaques qui portent une pareille inscription : « Interdit de jeter les ordures ici » ?

sachons garder nos quartiers propres
sachons garder nos quartiers propres

Avec ou sans bac, on s’en fout. On jette nos ordures à même le sol. Qui va nous faire quoi ? Ils ont juste écrit et sont repartis comme d’habitude. Il n’y a personne pour faire le suivi.C’est en gros ce que pensent ces pollueurs qui ne cessent, curieusement, de se plaindre des piqûres des moustiques chaque soir. Il leur arrive même de s’interroger sur l’origine de ces moustiques alors que les poubelles inondent leur quartier. Et ce n’est pas tout, dans le quartier les caniveaux ne sont pas curés, les toilettes n’ont pas été « douchées » depuis parfois des mois. Après, on s’étonne de la présence des moustiques et on se demande comment on a pu attraper le paludisme !

 


Avant l’onction du Pape François, j’ai vu papa Touadéra à Douala

Le nouveau boss centrafricain était tout souriant lors de son escale technique samedi dans la métropole économique camerounaise.

 

  • Dans la peau d’un reporter

 

Des groupes de chants centrafricains en action à l’aéroport international de Douala. Le gouverneur de la région du littoral Samuel Dieudonné Ivaha Diboua et tout son état-major sont dans la salle huppée de l’aéroport. Ils attendent le nouvel homme fort de Bangui. L’avion de ce dernier se pose sur le tarmac peu avant midi. Le boss sort de son engin. Serre la main aux autorités camerounaises. Il s’entretient avec le N°1 de la région. Certainement sur la situation de la colonie centrafricaine de la contrée. Sont également de la partie : l’ambassadeur, le consul a.i de la RCA au Cameroun et leurs fortes délégations.

 

Le président du peuple
Le président du peuple

Le père de tous les Centrafricains

 

Généralement, ils appellent leur chef d’Etat, leur papa. C’était le cas, avec les prédécesseurs de Faustin Archange Touadéra. Mais les Centrafricains n’ont eu qu’une seule maman : Catherine Samba Panza. Une mère très brave qui a bien mené la transition, contre vents et marées. Samedi dernier à Douala, j’ai vu comment la communauté centrafricaine était mobilisée pour réserver un accueil chaleureux à leur nouveau papa. Un papa en qui ils reposent tous leurs espoirs. J’ai aussi vu comment ce papa était très content d’échanger avec ses fils et filles de la région du littoral. Comment il serrait les mains des uns et des autres sans exception. Il n’a cessé de sourire avec eux. La joie était visible sur leurs visages. Archange a passé des heures magnifiques avec ses compatriotes de la cité économique camerounaise. Au moment où je rédige ce billet, certains voisins centrafricains, pour avoir serré la main de leur nouveau papa, ont décidé de ne plus se laver les mains pour conserver le parfum du boss. Hein ! Ces gens sont forts.

 

Les moments de complicité avec Archange Faustin Touadéra n’ont duré que quelques heures seulement. Papa était juste en transit. Il s’est envolé pour l’Europe. Certainement pour négocier avec les partenaires, en vue d’améliorer les conditions de vie de ses enfants.

 

  • Dans la peau d’un citoyen centrafricain

 

Papa il faut que tu reviennes nous visiter

 

Papa est parti en voyage. Il est allé au Vatican, prendre les bénédictions chez le Pape François. On lui souhaite bonne route. On attend beaucoup de provisions. Mais nous ne nous sommes pas tout dit. J’espère que tu reviendras au Cameroun uniquement pour nous rencontrer. Et que tu prendras quelques jours pour visiter nos domiciles. Papa, tu nous as vu joyeux à l’aéroport parce qu’il fallait qu’on masque nos misères. Nos mamans, très sensibles, ont même pleuré en te voyant descendre de l’avion. Elles se sont dites : « enfin, on a un président élu, merci Seigneur !!!». Elles avaient juste besoin de te voir. De voir l’homme qu’elles ont voté à partir du Cameroun. Maintenant que tu as hérité du pays, papa il faut que tu nous fasses rentrer. Pour que nous puissions, nous aussi, contribuer à la reconstruction de la terre de nos ancêtres. Nous sommes des milliers à l’étranger. Notre galère est immense. Papa sais-tu que rares sont les Centrafricains qui habitent dans des maisons en dur au Cameroun et dans plusieurs pays d’Afrique ? Sais-tu aussi que la majorité souffrent de plusieurs maux ? Ils souffrent du traumatisme (conséquences de la guerre), famine (manque de moyens financiers), malnutrition (manque de nourriture de qualité), maladies chroniques (manque de soins appropriés). Papa je t’assure que même les organisations humanitaires ne peuvent plus rien pour nous. Si ces maux persistent, je crois qu’on va tous nous enterrer ici et nous n’aurons pas l’occasion de t’apprécier à l’œuvre.

 

  • Réaction : Odilon Doundembi, blogueur centrafricain

 

 « Le pays a besoin de tous ses enfants de la diaspora »

 

On a besoin de tous les centrafricains
On a besoin de tous les centrafricains

Après ces trois années émaillées de violences indescriptibles, il faut être suffisamment solidaire, audacieux, et déterminé pour relever les défis auxquels la République Centrafricaine (RCA) est confrontée notamment celui du développement socio-économique et culturel. Le retour des Centrafricains de la diaspora est une initiative à saluer. Le pays a besoin de la contribution de tous les citoyens soucieux de leur avenir et surtout de celui de leurs enfants. A mon avis, si ce sont des intellectuels et entrepreneurs aguerris qui viennent afin de mettre à contribution leurs savoir-faire, les nouvelles autorités étatiques devraient les accueillir à bras ouverts sous réserve d’enquête de moralité. La RCA regorge d’énormes potentialités en termes de ressources humaines (à majorité jeune) qui méritent d’être enfin mises à l’œuvre. Il faut tenir compte du fait que le développement d’un pays doit passer par la jeunesse. Cela étant dit, la participation des jeunes qualifiés dans le processus de développement est une garantie pour son succès. On en a connu dans ce pays, les fameux intellectuels. Si on s’en tient à l’expérience du passé, nombreux étaient les intellectuels qui ont facilité d’une manière ou d’une autre la descente aux enfers de la RCA.

Il faudrait juste agir avec prudence et sagesse. Les Centrafricains de tout genre doivent prôner le patriotisme dans l’honnêteté pour le bien du pays. Je n’en dirais pas plus! Quant aux réfugiés, ils étaient nombreux à attendre un moment opportun pour retourner au pays. C’est normal qu’ils décident de revenir apporter leur contribution dans la reconstruction de la RCA. La plupart sont accueillis chaleureusement dans leurs localités respectives car ils étaient des innocents et vulnérables durant les crises à répétition… Je n’y vois pas d’ennui ni de réticence émanant de la population. Ce qu’elle craint par contre c’est le retour aux affaires de leurs anciens bourreaux. Que la justice refasse surface de façon concrète afin de mieux corriger les erreurs du passé !

 

Avènement du Régime Touadéra

 

Franchement, les Centrafricains ont accueilli l’avènement de Touadéra avec ferveur tant du côté des politiques que de la société civile. Les populations n’aspirent qu’à une vie saine et productive, en harmonie avec la nature comme au temps d’antan afin de participer efficacement au redécollage du pays. Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins vitaux relatifs à l’éducation, à la liberté, à la protection, à la santé et à l’environnement des populations. Le meilleur moyen de traiter des questions de développement est d’assurer la participation de tous les Centrafricains quelques soient leurs situations géographiques et sans distinction de religion.


La paix, le cauchemar du marchand d’armes

Sans armes, le monde aurait moins de morts et les enseignants chinois ne devaient pas quitter la partie septentrionale de mon pays à cause de la menace sécuritaire.

En feuilletant un journal camerounais spécialisé dans le terrorisme depuis quelques années déjà (depuis l’arrivée de Boko Haram), j’apprends que les enseignants chinois quittent l’université de Maroua à cause de la menace sécuritaire qui prévaut dans la région septentrionale du Cameroun. Ils laissent derrière eux plus de 300 étudiants dans le désarroi. Hum !!! Pourquoi seulement aujourd’hui? Ces extrémistes opèrent pourtant dans cette région depuis plusieurs années déjà. Et c’est seulement en 2016 que nos amis chinois ont trouvé bon de prendre la poudre d’escampette. Il y a certainement quelque chose qui ne va pas.

Jackie Chan, le champion
Jackie Chan, le champion

Dans les films de fiction, les chinois sont souvent les plus forts. Ils luttent même souvent contre les balles et en sortent vainqueurs. Qui ne connait pas Jackie Chan ? Ce héro de tous les temps. Ou encore Bruce Lee ou Jet Li ? Ces gars esquivent souvent les balles dans leurs films au point de sauver le monde entier des méchants. J’aurai bien voulu voir ces enseignants chinois de Maroua contrer les terroristes et les kamikazes et nous délivrer de ces méchants. En réalité, je me rends compte que toutes ces choses ne se déroulent que dans le cinéma. Quand les bombes explosent en vrai, elles ne font pas de distinguo. Elles rasent d’abord tout le monde. Que tu sois blanc ou noir, jaune ou marron, etc.

Avant les chinois, il y avait d’autres peureux

Deux ou trois ans avant le retrait de ces chinois, les autres représentations diplomatiques des pays accrédités à Yaoundé avaient recommandé à leurs ressortissants de quitter cette zone « rouge ». Les principaux concernés étaient les Occidentaux. Aucune représentation diplomatique africaine, si j’ai bonne mémoire, n’a jamais demandé à ces compatriotes de quitter le Nord Cameroun. Là aussi, il y a quelque chose qui cloche. Chez nous en Afrique, on dit souvent que « seuls les coupables ont peur ».

Ils sont les nouveaux maîtres
Ils sont les nouveaux maîtres

Jusqu’ici, je ne soupçonne personne. Mais il est grand temps qu’on se regarde en face et qu’on se dise les vérités. Ma part de vérité n’est pas compliquée concernant ces extrémistes à la peau noire qui utilisent des grosses armes de dernière génération. Hors on ne fabrique pas les armes chez nous en Afrique. Les industries d’armes se trouvent dans les pays développés. Autres choses : un pauvre ne peut pas se procurer une mitrailleuse, encore moins un char. Ces extrémistes, très « très » pauvres, en possèdent pourtant. Hum !!! Là aussi, il y a quelque qui cloche. C’est quand même fou hein de fabriquer des armes uniquement pour tuer ses frères. Même les animaux nous dépassent. Vous ne verrez jamais un animal fabriquer des missiles, ou des armes nucléaires, patati patata pour bombarder ses frères.

Boko Haram, je vais te faire la peau
Boko Haram, je vais te faire la peau

La communauté internationale qui n’ignore rien, serait-elle de mèche avec ces assaillants ? Sinon pourquoi elle ne stoppe pas cette folie ? Pourquoi elle ne ferme pas les structures de fabrication d’armes, ces industries de la mort ? La paix serait-elle le cauchemar du marchand d’armes ? « Oui ! », affirme le rappeur Sinik dans l’une des ses chansons avec James Blunt. Alors que ces puissants impuissants du monde arrêtent de nous fatiguer avec leurs discours hypocrites s’ils sont incapables de sceller ces entreprises.

 


Cameroun : les internautes déroulent le tapis noir aux ministres sur les réseaux sociaux

Il se raconte que nos dirigeants vont rejoindre les réseaux sociaux d’ici peu. Un grand réveil qui ne dit pas son nom. Et pourtant ailleurs, leurs homologues y sont depuis très longtemps. 

Dans ce billet, vous aurez un post que j’ai piqué sur la page Facebook d’un journaliste camerounais aujourd’hui. Lisez-le entièrement et surtout ne riez pas trop aux éclats, de peur de vous casser les côtes et de devenir réellement fous ou folles. Bien plus fous que nos dinosaures qui veulent se réveiller sur les réseaux sociaux pour mieux contrôler le monde virtuel, alors qu’ils ont encore du mal à gérer le monde visible et à actualiser les sites web de leurs entreprises. En principe, ces vieux sont censés préparer leur retraite en toute quiétude.

En mode réseaux sociaux
En mode réseaux sociaux

Voici donc le post en question :

« Ça c’est un kongossa (commérage) utile :
J’ai appris que le Président Paul Biya vient d’instruire tous les membres du gouvernement d’être désormais présents sur tous les réseaux sociaux. Un de mes amis, spécialiste de ces questions a été contacté par le proche d’un ministre pour lui créer tous ces machins et vraiment tout. Même ceux qui ne marchent qu’à travers le téléphone. C’est donc chaud.


Pardon réservons à nos Ministres un accueil chaud, froid et glacial. Repérons les d’abord en ligne, inscrivons les dans les groupes les plus fous et les plus engagés aussi. Ne pas oublier le WAZAP du SNJC (Syndicat National des Journalistes du Cameroun) où on reçoit 300 messages en une heure et même à deux, trois heures du matin. N’hésitons pas à les taguer à chaque fois, même si c’est pour vulgariser une bagarre de prostituées, une partie de jambes en l’air ou encore ces affreuses vidéos de Boko haram. Montrons et démontrons à ces retardataires que nous sommes une vraie génération androïde.
Faisons leur ça dur
»

Pas de SMS en retour
Nos ministres vont gérer leur argent sur les réseaux avec nous

Un accueil chaleureux à nos dinosaures

Mais s’ils veulent avoir les maux de tête, qu’ils viennent. On les attend avec nos cartouches bien chargées. Ici, il n’y aura pas match entre la génération androïde et celle usée, mais qui tient absolument à rajeunir à travers les réseaux sociaux.

Nos ministres n’auront aucune chance

Si les choses se déroulent ainsi, je pense que nos ministres vont transpirer dans leurs bureaux climatisés en lisant les nombreux post des populations en colère à cause d’eux. C’est là que naitra certainement la culture de démission au Cameroun. Une chose est sûre : ici, on ne leur fera pas de cadeau. Petit conseil à nos futurs compagnons des réseaux sociaux : lorsque vous tomberez sur un post énervant, lisez-le. De toutes les façons, vous aurez deux options : soit vous lisez et digérez en solo, soit vous supprimerez la personne de votre liste d’ami.

Mais la première option est la meilleure parce que cette même personne que vous supprimerez peut vous être utile un jour. Sur les réseaux sociaux, on châtie en riant. Nos vieux android doivent le savoir. Ils doivent aussi savoir que tout est mis à la disposition de tout le monde. Et que rien n’est caché, même les plus grandes folies de ce siècle.

 


Yaoundé : Je dis hein…qui vous a demandé de doucher l’opposition ?

Si tu es camerounais, sache qu’il t’est interdit de dire non au régime actuel. Dans le pire des cas, bonjour le cachot.
Je dis hein, quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe réellement au Cameroun ? En ouvrant ma page Facebook avant-hier, je suis tombé sur un post de Franck Essi, le jeune et très courageux secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Qui a accompagné son message d’une photo prise dans un car de la police. Franck explique en substance qu’il a été arrêté avec d’autres hommes politiques de l’opposition alors qu’ils s’apprêtaient à donner une conférence de presse dans la capitale camerounaise relative à la présumée anticipation de l’élection présidentielle en gestation dans les hautes sphères de la nation.

interpellation de l'opposition à Yaoundé
interpellation de l’opposition à Yaoundé

Peu avant leur arrestation, les leaders de l’opposition ont avalé les jets d’eau des camions anti-émeute. Donc, les gars en tenue, au lieu de ravitailler leurs ménages, ont préféré gaspiller cette eau sur des nobles camerounais qui roulent pourtant pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Bref, c’est ce que tous disent. Même si parfois, je me dis que certains d’entre eux sont des sous-traitants du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir. Si cette insinuation s’avère vraie, ce que ces gars jouent très bien leur rôle. Seulement, ils ne doivent plus se doucher avec notre eau. L’eau des populations dont les robinets sont à sec depuis quelques semaines dans des grandes métropoles.
Ces gens de l’opposition, s’ils avaient su plus tôt qu’ils allaient être pulvérisés, ils devaient se rendre sur les lieux de la manifestation avec des récipients, question de recueillir de cette eau et de ravitailler certains ménages dans le besoin. Ils y songeront sans doute la prochaine fois.
Vous avez eu l’autorisation?
Il paraît que les leaders de l’opposition là n’ont pas eu l’accord des autorités avant d’organiser cette conférence de presse. Entre nous camerounais, qui de ces gens, mangeant avec le boss de la République, peut autoriser à un « ennemi » de jouir de tous ses droits ? Je comprends la réaction des autorités, mais elle est sauvage pour des gens dits civilisés. On n’asperge pas des grandes personnes comme leurs éléments l’ont fait. Mais on négocie.

des jets d'eau
des jets d’eau

D’ailleurs même, vous dites que ces types de l’opposition n’ont pas eu l’autorisation de manifestation. Moi aussi, je voudrais savoir si vous avez eu l’autorisation de pulvérisation ? Qui a même d’ailleurs eu l’autorisation de réprimander les autres, de modifier la constitution, de nous rendre la vie dure, de détourner les deniers publics, de corrompre, d’influencer, d’intimider, de dénigrer, ou de condamner les autres, entre autres dans ce pays ?


Contre les enlèvements d’enfants au Cameroun : Carole Leuwé prend le haut-parleur pour sensibiliser

La journaliste, activiste, mère et confondatrice du collectif « Au nom de nos enfants » plaide pour la création d’une unité « Alerte enlèvement » au pays.
La petite Eva, 2 ans, ne demandait qu’à vivre. Née dans un univers cruel dominé par des actes ignobles, elle faisait pourtant la fierté de ses parents. Mais ceux-ci l’ont négligée. La fillette, se croyant dans un paradis entouré de fleurs multicolores et de divers parfums, et supervisé par des anges de lumière, est allée se balader. Elle voulait sans doute recueillir quelques fleurs pour ses parents chéris.

Une dame de coeur
Une dame de coeur

Le drame s’est produit en février, considéré comme le mois des amoureux. Elle aimait ses parents chéris et voulait leur offrir des roses pour exprimer son amour. Elle est malheureusement tombée dans les filets des anges de Lucifer. Ceux-ci n’ont eu aucune pitié pour la petite Eva. Ils ont fait d’elle ce qu’ils voulaient, avant de lui trancher la tête comme une bête sauvage pour des fins inavouées.
Mais ces gens sont fous ou quoi ? Ils confondent un être humain à un animal de brousse ? En général, quand on capture un animal en brousse, on le déguste entièrement. On ne prend pas qu’une seule partie de son corps. C’est pourtant ce que ces imbéciles ont fait de la petite Eva. En plus, la fillette n’avait rien d’un animal. Mais elle a quand même été découverte morte décapitée en février dernier au lieu-dit Maképè Missokè à Douala.
Ça fait mal. Très mal de perdre un ange de lumière. Le trésor d’un couple. La petite a été négligée par ses parents et le démon en a fait sa proie. Sa mère est toujours inconsolable. Son indignation est grande au point où elle a contaminé d’autres mères d’enfants du pays.
Indignation de Carole
Après avoir appris ce drame, Carole Leuwé a regardé son fils à la maison. Elle s’est dite : « que ferais-je si c’était toi qui avais été retrouvé dans cette situation hein bébé ? » La réponse de la jeune femme de 37 ans : organiser une marche de protestation pour dire « non » à cette pratique qui prend des proportions considérables au bercail. Cette marche devait permettre de sensibiliser les foyers camerounais sur l’importance de prendre soin de leurs progénitures en vue de limiter les enlèvements à répétition au Cameroun. Révoltée, la journaliste (en service à la radio Nostalgie Cameroun) et activiste, a constitué un collectif dénommé « Au nom de nos enfants ».

Plus jamais ça au Cameroun
Plus jamais ça au Cameroun

Au début, l’association voulait mener une marche pacifique dans les rues de Douala pour dire « non » aux enlèvements et crimes rituels commis sur des gosses. Cette marche n’a plus eu lieu. Pourquoi ? Tout simplement parce que les autorités administratives de la région ne l’ont pas trouvée rentable. En tout cas, ils n’y trouvaient pas leur compte, comme s’ils n’étaient pas concernés par « ces machins là ». Encore que les membres du collectif, au lieu de mettre les habits du RDPC qui portent les effigies de Paul Biya, pour flatter les autorités, ont plutôt mis des t-shirts avec un cœur brisé. Ils ignorent que chez nous, on ne se bat pas pour des bonnes causes ? On se bat plutôt pour maintenir un seul homme qu’on insulte en cachette au pouvoir. N’est ce pas formidable ? Donc vos marches dites pacifiques en faveur des bonnes causes ne donnent pas l’argent à nos pilleurs hein!!!

In fine, le collectif a demandé une messe spéciale pour tous les enfants enlevés et assassinés au Cameroun. C’était le 20 février à la cathédrale Sts Pierre et Paul de Douala.
Où sont les résultats de vos nombreuses enquêtes ?

 

Quelqu’un peut-il me dire où on en est avec l’enquête ouverte après la mort de la petite Eva, retrouvée sans tête en février dernier au lieu-dit Maképè Missokè à Douala ? Personnes ? Pardon ne me dites pas ça ! Ne me dites pas que l’enquête annoncée en grande pompe, n’a pas encore abouti. Si c’est le cas, ne suis-je pas en droit de penser que ce pays a un démon ? Franchement, c’est une honte pour le Cameroun que de ne pas publier les résultats des nombreuses enquêtes ouvertes. Allez savoir s’ils font même réellement leur boulot, nos enquêteurs. Je ne crois pas. Sinon, ce pays aurait déjà traqué tous ses assassins. Mais qu’est ce qu’ils font alors chaque fois sur les lieux des drames, avec des calepins et stylos à main, s’ils sont incapables de mener une vraie enquête?

Eva de son vivant
Eva de son vivant

Faites seulement un tour dans les commissariats et gendarmeries de nos grandes métropoles ou dans des palais de justice, vous verrez comment ils entassent les documents judiciaires, devenus des archives poussiéreuses, presque qu’inexploitables. De toutes les façons, il faudra changer les mentalités pour travailler avec Carole Leuwé et son collectif qui plaident pour la création d’une unité « Alerte enlèvement » au Cameroun.
« C’est une unité que nous souhaitons mettre sur place de sorte que chaque fois qu’il y a un avis de disparition, un enlèvement, que les familles puissent nous retrouver. On va se battre pour avoir un numéro vert et également voir jusqu’où on peut travailler avec les forces de maintien de l’ordre pour qu’on puisse rapidement retrouver ces enfants disparus. Pour l’instant, on a notre page facebook, qu’on utilise lorsqu’il y a une disparition », explique Carole Leuwé, invitée le 24 février 2016 à la première édition de la « Soirée du leadership » organisée par le top management de Jovago.com, le premier site de réservation d’hôtels en Afrique.


Hospitalité: Des Centrafricains « Camerounais » depuis trois ans

Ils sont en exil au Cameroun depuis mars 2013. Ici, ils sont chez eux. Ils ne sont victimes ni de la discrimination, du racisme, ou encore de la xénophobie, etc.
Ce mois de mars 2016, l’eau n’a pas beaucoup coulé des fontaines de New-Bell. Il y a eu pénurie de cette précieuse denrée dans presque toute la ville de Douala. Ce qui a obligé tous mes voisins à venir puiser l’eau du forage sis juste en bas de chez moi. Mon secteur accueille plusieurs communautés étrangères. Les centrafricains étant les plus nombreux. Justement depuis que la guerre a éclaté chez eux en mars 2013, il y a exactement trois ans, après le renversement de François Bozizé, leur ancien chef de l’Etat, par les rebelles de la coalition Séléka, plusieurs ont trouvé refuge dans plusieurs villes du Cameroun.

Nous sommes tous les enfants de la terre
Nous sommes tous les enfants de la terre

Wilfrid, le jeune centrafricain serein
Pour aller dans le même sens, il y a une semaine, je rentrais du boulot épuisé. Comme d’habitude, je marchais tête baissée. Je réfléchissais à mon prochain billet. Et voilà que dans le couloir qui mène chez moi, je croise Wilfrid, un jeune centrafricain d’une vingtaine d’années. Wilfrid est venu puiser l’eau du forage. Maman Hélène, la propriétaire de ce forage prend un seau de 10 litres à 25 FCFA. Ce montant ne représente pas un problème pour le jeune homme.
A distance, j’ai vu Wilfrid, serein, en train de sourire pendant que Gwladys, la fille de la propriétaire du forage lui criait dessus. « Ici au Cameroun, vous faites comme chez vous. Est-ce que chez vous, les étrangers peuvent parler fort comme ça ? » A cette attaque amicale de Gwladys, Wilfrid ne réagit pas. En réalité, Gwladys est de nature provocatrice. Au fond, elle n’est pas méchante. Après avoir ainsi parlé, elle a tourné son dos et est allée s’occuper dans la cuisine.
Ce comportement est exactement celui de certains camerounais envers les étrangers. D’autres par contre, ne se mêlent pas de leur vie. Qu’ils soient réfugiés ou résidents, « ça ne nous dérange pas », disent-ils régulièrement. Le plus important pour les Camerounais, est que ces étrangers soient sociables et en bonne santé. Octavia, la sœur ainée de Wilfrid l’a compris. La jeune femme prend souvent un pot dans le bar du quartier avec des gens originaire de plusieurs pays. Avec ses voisins de table, elle rit aux éclats, se fait draguer et soule, sans toutefois perdre la tête. C’est dans ce climat qu’elle essaie d’oublier la crise mortelle que la République centrafricaine, son pays natal, a traversé.
Au début, j’avais du mal à croire qu’elle était centrafricaine. C’est en l’écoutant parler en « sango » que le doute m’a quitté. Tous les matins, Octavia est toujours lucide, comme une sainte. Quand je sors de chez moi pour aller au boulot, et que je la trouve assise sous le manguier en train de papoter avec ses voisines camerounaises, en face de leur domicile, je la salue en souriant comme il est de tradition chez moi.

La terre est à nous tous
La terre est à nous tous

Elza, une voisine amoureuse

Une fois, sous ce manguier sis en face de la maison d’Octavia, j’ai croisé Elza. Une ancienne voisine centrafricaine qui était également partie de la RCA à cause des conflits. Cette fille venait constamment rester avec moi pour parler des problèmes de son pays. Tête posée sur mon épaule droite un soir, elle me parlait en me fixant dans les yeux comme une fille amoureuse. Bien sûr qu’elle l’était. Mais pas de moi. Elza avait son prince charmant du côté du Benin. Elle me parlait souvent de lui et de leurs ambitions. Je me contentais juste de partager ma petite expérience de la vie avec cette fille amoureuse. Dans sa chambre, elle avait une bible et un dictionnaire en langue « sango » que je prisais. C’est grâce à elle que je suis tombé amoureux du « sango », la langue nationale de la RCA.
Paul Biya : le dieu de l’hospitalité

Ça se raconte et ça se vit dans les dix régions du Cameroun. Ici, les étrangers sont constamment cajolés. Il leur suffit juste d’avoir leurs papiers pour se croire camerounais. Hé oui ! ce pays a ouvert ses portes à tout le monde. Ça frustre souvent les autochtones. Mais on va faire comment, c’est la volonté de notre chef de l’Etat Paul Biya. La coopération internationale est très chère aux yeux du président de la République. Je ne me souviens pas avoir entendu un jour dans les médias qu’il a ordonné qu’on refoule certains étrangers chez eux. Contrairement à ce que font souvent ses voisins qui se disent très puissants. Seulement, ce que je reproche à mon président, c’est qu’il ne s’occupe pas souvent des siens en détresse à l’extérieur du pays. Cependant, tout récemment, il a commis un acte qui m’a beaucoup plu. Il a fait rapatrier tous les camerounais qui risquaient de se faire tuer en RCA pendant la crise. C’est cette crise qui est à l’origine du flux des réfugiés centrafricains dans la partie Est du Cameroun. Sur le territoire camerounais, ces derniers sont pris en charge non seulement par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais aussi par le gouvernement camerounais qui fait montre de compassion, d’hospitalité et de générosité.


Négligence médicale : « Je m’en vais mourir à Laquintinie »

Les médecins, sages-femmes et infirmiers manquent parfois de sérieux dans l’exercice de leur profession dans cette structure sanitaire camerounaise basée dans la métropole économique. D’où le pire à répétition.

Au moment où la foule s’apprête à manifester ce dimanche 13 mars 2016 devant l’hôpital Laquintinie de Douala, je suis dans les parages. Je suis juste assis à côté des policiers qui prennent un pot dans un snack-bar sis en face de cette structure sanitaire. Dans ce groupe d’hommes en tenue, une policière, lunette aux yeux en chemise bleue ciel et pantalon bleu foncé, mange un poisson braisé. De sa poche, elle sort un téléphone portable qu’elle met en marche pour montrer la vidéo de l’horreur qui s’est déroulé au sein de cette institution samedi 12 mars 2016. La vidéo donne la nausée à la policière. Elle se refuse de la regarder de nouveau au moment où elle mange son poisson.

Ces collègues, assis juste à côté de moi, ont la chair de poule après avoir regardé cette vidéo amateur. Dans celle-ci, on voit Rose Tacke en train de pratiquer une chirurgie en plein air sur la défunte Monique Koumatéké, étalée en même le sol. Elle est entourée d’une foule furieuse, mais impuissante. Le sang gicle. Mais Rose Tacke tient bon. Son seul but : sauver les jumeaux de dame Koumatéké. Elle réussi à ouvrir le ventre de Monique et à retirer le premier bébé. Mais il est mort. Le second également. Rien n’y est fait. Les jumeaux ont rejoint leur mère dans l’au-delà. Rose Tacke fond en larme sous le regard de la foule et du personnel de l’hôpital en question.

La mère enceinte éventrée transportée par des infirmiers
La mère enceinte éventrée transportée par des infirmiers

L’indignation des policiers

Les policiers qui voient cette scène à travers le Smartphone de leur collègue, n’en reviennent pas. Je suis également choqué. Du coup, chacun d’eux remet au gout du jour sa mésaventure dans cette institution sanitaire. Décidément, chacun d’eux à un mauvais souvenir de l’institution médicale. « Mon frère, me raconte un officier de police, moi-même, j’ai un triste souvenir de cet hôpital. Ma femme a mis au monde des triplés ici. Elle a bien accouché. Et les infirmiers m’ont annoncé la bonne nouvelle. Je m’attendais à un seul enfant. Mais quand ils m’ont dit qu’il y en avait trois, j’étais très content. J’ai acheté les codes que l’hôpital exige sans problème. Etant dans le taxi pour aller faire la layette des deux autres enfants, j’ai reçu un coup de fils m’annonçant que les trois bébés sont tous morts quelques minutes plus tard. Je suis resté glacé dans le taxi », rapporte l’officier.

« Vous vous rappelez, se souvient un autre homme en tenue, de l’officier qui avait arrosé toute une salle d’accouchement de balles parce que sa femme était morte en travail ? Le monsieur, après avoir tué ces infirmiers qui n’ont pas pu sauver son compagne à cause de leur manque de sérieux, s’est aussi donné la mort. C’est vraiment lamentable », s’indigne mon voisin de table. Les anecdotes similaires sont légions au sein des hommes en tenue au Cameroun.

Le mouroir des fœtus

Chez les civils également j’ai rencontré Paul M, dans son bureau cette semaine. Il se souvient encore de ce samedi noir. En 2003 précisément «ma copine était enceinte. Elle a eu des contractions. Nous étant déportés à Laquintinie pour qu’elle accouche, elle a perdu le bébé du fait de la négligence des infirmiers accoucheurs », m’explique le journaliste, avant d’ajouter: « La poche des eaux s’étant percée, il fallait rapidement faire sortir l’enfant. Mais à sa grande surprise, on lui a demandé d’entendre encore un peu. C’est au moment où elle a commencé à se plaindre de la lourdeur de son ventre que les infirmiers se sont animés. Mais hélas, notre fille était morte, étouffée ».

Plus jamais ça
Plus jamais ça

Après le décès du fœtus « j’ai été si révulsé par cette négligence que j’ai porté plainte contre ce médecin de l’hôpital. Mais c’est ma belle-mère qu’il m’en a dissuadé en me faisant comprendre que c’est Dieu qui donne la vie et que je remette tout entre ses mains. Cela m’a fait très mal, tellement ma copine et moi attendions la venue de ce bébé qui allait changer le cours de nos vies», regrette le Camerounais. Son histoire comme celle de Monique Koumatéké me donne des frissons et me laisse croire que les hôpitaux de mon pays sont des mouroirs permanents dans un Etat où il y a tout un département ministériel qui est censé s’occuper de la santé des camerounais