Il était une fois, Monique Koumatéké

Article : Il était une fois, Monique Koumatéké
27 octobre 2016

Il était une fois, Monique Koumatéké

Le cas de la femme enceinte éventrée le 13 mars devant les urgences de l’hôpital Laquintinie est déjà mis aux oubliettes. Plus personne ne tousse. Aucun média ne nous dit comment se portent les enfants qu’elle a laissés. La famille est muette. Je voudrais moi aussi me taire, mais c’est plus fort que moi. Les images de l’horreur ressurgissent toujours dans ma tête. Et du coup, j’ai envie de «re»raconter…

C’est formidable d’être Camerounais et de vivre au Cameroun. Parce que chez nous, il suffit juste d’une bière pour oublier que notre pays est un volcan dormant. Je ne sais pas trop ce qui se trouve dans la bière, mais je tire un coup de chapeau aux gris-gris des sociétés brassicoles du Cameroun. De même que je tire un coup de chapeau au personnel médical de l’hôpital Laquintinie, qui a eu la merveilleuse idée professionnelle, de laisser une patiente se faire éventrer devant leurs yeux le dimanche 13 mars 2016, sans lever le petit doigt. Ce n’est pas cool ça ? Si les réseaux sociaux n’avaient pas existé, l’éventration de Monique Koumatéké par Rose, l’une de ses proches qui tentait de sauver les jumeaux de la mère morte, allait passer inaperçu. Et le ministre de la Santé publique n’aurait pas eu le temps de mentir en disant « qu’il n’y a pas eu négligence médicale ».

Massa ! Monique Koumatéké a fait la Une de tous les tabloïds du pays. Certains détenaient la vraie-fausse information, d’autres détenaient l’exclusivité du quartier. Il y avait aussi ceux qui voulaient la tête du directeur général de ce centre de santé. Mais les Camerounais n’en avaient rien à cirer. Ils étaient choqués par l’attitude du personnel médical, qui est resté indifférent pendant l’opération en plein air. La vidéo de ce film d’horreur a pollué l’atmosphère. En tout cas, c’est allé dans tous les sens.
A vrai dire, je n’étais au courant de rien. Je sais que c’est une mauvaise habitude, mais il m’arrive souvent de me déconnecter de l’actualité locale. Mais ce dimanche là, c’est M. Aboudi, mon directeur d’exploitation qui m’a tenu informé de ce drame qui s’est déroulé dans ma ville natale. Lui, il est très loin à Yaoundé, mais il est au courant de tout. « Est-ce que tu peux te rendre à Laquintinie, pour réaliser un reportage sur le drame qui vient de se produire? » Il m’a fait un briefing au téléphone et j’ai pris mon bloc note, mon stylo et j’ai foncé sur les lieux du drame. Même la pluie ne m’a pas empêché d’aller plus vite que Superman.

« Le gouverneur était là, il vient juste de partir. Il a fait une déclaration à la presse », m’informe un confrère rencontré à l’entrée de l’hôpital en question. Ce n’est pas juste ! Pourquoi il ne m’a pas attendu avant de faire sa déclaration ? Je dérange hein !

#SantéPourTous
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Indignation

En tout cas, la partie du gouverneur n’était pas la plus intéressante, mais celle des manifestants qui ont dit leur ras-le-bol à travers une marche pacifique devant ce centre de santé, quelques heures après le départ du numéro 1 de la région des lieux du scandale. Cool, j’arrive au bon moment ! Parmi les manifestants, se trouvaient plusieurs hommes politiques de l’opposition. Des gros paresseux qui n’attendent que ce genre d’occasion pour prouver qu’ils existent.
De toutes les façons, j’ai aimé l’attitude des policiers qui ont été déployés sur les lieux ce jour-là hein ! Ils n’ont bousculé personne. Ce qui m’a permis de réaliser un beau reportage qui a fait la Une du journal qui m’emploie.

Dans la famille de la victime

Je ne me suis pas arrêté là hein. Le lendemain, j’ai commencé à courir dans tous les sens pour savoir ce qui s’est réellement passé. Je suis allé dans la famille de la victime au lieu-dit « Ancien Abattoir » à Mboppi. Sa mère m’a raconté que sa fille, enceinte de jumeaux, suivait ses visites prénatales, contrairement à ce que pensent certains « savants » qui ont avalé les mensonges de nos éternels menteurs. En plus, elle n’était pas à sa première grossesse pour dire qu’elle était naïve, comme une gamine de 17 ans. Avant d’ouvrir l’enquête sur la catastrophe du train qui a fait plus de soixante-dix morts à Eséka le 21 octobre 2016, j’attends toujours le rapport des enquêteurs sur le cas Monique Koumatéké.

Ce billet est ma contribution dans le cadre de la campagne #SantéPourTous initiée par les blogueurs camerounais.

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