Messieurs les ministres camerounais, la montre n’est pas là juste pour décorer

Présider une cérémonie ou démarrer les chantiers à temps représenterait un cauchemar et un manque de respect pour nos très haut commis de l’Etat.

Il est plus de 10h ce 26 octobre 2017. Je suis dans la salle de réunion du Groupement Inter patronal du Cameroun (Gicam) dans le 1er arrondissement de Douala. Les lieux grouillent de monde. Normalement, l’événement devait démarrer à 9h selon le programme que j’ai reçu. Le directeur général de MTN Business Georges Mpoudi Ngole , et son équipe sont déjà bien installés et n’attendent plus que l’arrivée du gouverneur de la région du littoral pour ouvrir les travaux « Master Class » portant sur « L’entrepreneur numérique» en faveur des PME Camerounaises, organisés par l’Agence de Promotion des Petites et Moyennes entreprises (APME) en partenariat avec MTN Business, le département des affaires de l’opérateur de téléphonie mobile MTN.

Plusieurs dizaines de minutes se sont écoulées. On n’aperçoit toujours pas la silhouette du patron de la région. Les travaux vont donc débuter sans lui. En résumé, il est question de sensibiliser les patrons des PME sur la digitalisation de leurs business. Avant d’entrer dans le vif du sujet, on exécute le refrain de notre hymne national.

L’entrée du bout d’homme

La formation peut enfin commencer. Je suis très attentif et séduit par le programme. Surtout qu’il concerne le digital, mon champs de bataille actuel. Je prends mes notes comme tout bon élève sur des formats. J’en ai déjà rempli plus de quatre au moment où on annonce l’arrivée du représentant de Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, le gouverneur. Le protocole demande à tout le monde de se lever pour accueillir le chef de division des affaires économiques, sociales et culturelles de la région, Yara Samvam. Je ne m’exécute pas pour plusieurs raisons. Premièrement, il est en retard de près d’une heure et deuxièmement, il a coupé l’excellent cours que les brillants agents de MTN dispensaient sur la transformation digitale. Donc pour cela, je ne me lèverai pas, même si on me fouette.

Le cours sur la notion du temps. CC: Pixabay

Par contre, je me suis mis debout quand il a fallu rechanter l’hymne national. Bien  sûr qu’on a exécuté l’hymne deux fois. Premièrement quand le représentant du gouverneur n’était pas là et la deuxième fois quand il est arrivé comme un héros. Une vraie perte de temps !  Quand je pense que c’est avec ces gens nonchalants que le Cameroun veut se construire, j’ai envie de dire que c’est un futur incertain.

Sans blague, en principe, c’est mon avis hein, quand une personne normale est en retard à un rendez-vous, elle s’excuse et se justifie. Ce n’est pas le cas ici chez nous. Les gars marchent en moussant comme le tapioca et bombent plutôt la poitrine pour nous pomper des discours mensongers, toujours plats. C’est d’ailleurs ce que le représentant du gouverneur a fait pendant les « Master Class ». Il tâtonnait même pendant son discours comme s’il n’était pas en phase avec la vision numérique de notre pays. Je me demande comment le gouverneur peut accepter se faire représenter par quelqu’un qui ne sait visiblement rien du digital.

Une montre. CC: Pixabay

Le large retard de ce monsieur m’a fait toute de suite penser à un autre événement que j’ai vécu il y a plus d’un an dans les locaux de la société de transport ferroviaire Camrail à Bassa. Ce jour, les employés des filiales du groupe Bolloré au Cameroun recevaient des médailles d’honneur de travail. La cérémonie y relatif était prévue, si ma mémoire est encore bonne, à 11h. Vous ne devinerez pas à quelle heure le ministre est arrivé. Tenez-vous tranquille. Grégoire Owona, le ministre du Travail et de la sécurité sociale, qui devait couronner ces braves employés qui ont toujours été à l’heure au boulot, a fait son entrée dans la salle entre 14h et 15h.

Certains invités n’ont pas pu supporter et sont rentrés avant. J’ai par exemple vu comment un expatrié qui ne cessait de fixer sa montre. A un moment donné, il s’est surement dit que les aiguilles de cette dernière ne tournaient plus bien, en oubliant que nos autorités portent les leurs uniquement pour orner leurs mains. Pour tuer le temps, le Blanc a commencé à effectuer des allers-retours dans la salle. Il ne restait pas plus de dix minutes assis et croisait et décroisait les jambes chaque fois qu’il avait l’occasion de poser ses fesses sur une chaise. Je l’ai observé longtemps. Mais il ne s’en est pas rendu compte. J’ai également été attentif quand il a poussé un ouf de soulagement en voyant le ministre. Mais le monsieur a disparu avant même le début de la cérémonie de remise des médailles.

Pointus comme une aiguille

Parfois j’ai envie de comprendre pourquoi l’horloge de certaines autorités camerounaises est mal réglée. Jusqu’à présent, seuls deux ministres m’ont prouvé qu’ils sont dignes de confiance. Ils ont la notion du temps. Il s’agit du Premier ministre, chef du gouvernement, Philémon Yang et le Ministre délégué à la Présidence de la République, chargé de la défense, Joseph Beti Assomo. Le premier n’aime pas les longs discours, un mot suffit pour présider un événement. Le second lui, est réglé comme une montre. Les autres autorités administratives camerounaises devraient donc se mettre à l’école de ces deux pour la bonne marche de notre société. Les collègues de Philémon Yang et Beti Assomo doivent être pointus comme une aiguille et savoir que la montre n’est pas qu’un objet de décoration.

 

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