La diplomatie française au Cameroun, un cas d’école

Ici, on se demande comment la France fait pour être de toutes les conversations. Certains cultivent un sentiment anti-français, sans arguments majeurs, pendant que d’autres acceptent leurs conditions « d’esclaves des temps modernes ». C’est-à-dire qu’ils préfèrent être sous les ordres de la France pour mieux régner. La vérité est qu’on ne blague pas dans ce business et les ambassadeurs français au Cameroun l’ont compris.
Christine Robichon, ancienne ambassadrice de France au Cameroun et Paul Biya, chef de l’Etat camerounais. CC: Présidence de la République du Cameroun

Non ! Il ne suffit pas de vociférer sur un plateau de télévision pour changer la donne. Il ne suffit non plus de créer un média de chantage et prétendre qu’on contribue à la libération de l’Afrique. Certes, on réveille les vieux démons de la colonisation qui font beaucoup de mal à nos pays, mais cela ne suffit pas si on ne dénonce pas les gardiens des colons en Afrique.

Ces gardiens, ce ne sont pas les ambassadeurs de la France au Cameroun, ni la présence des militaires français, mais ces chefs d’Etats africains que la chaîne de télévision Afrique Media couvre à longueur de journée. Ils sont en plus considérés comme des panafricanistes par ses panélistes. J’ai beaucoup d’estime pour Justin Tagou, le patron de ce média qui fait la fierté d’une bonne frange de la population africaine, mais j’aimerai que ce média me rejoigne pour reconnaître que la diplomatie française en Afrique centrale, et principalement au Cameroun, est un cas d’école. Je le pense sincèrement, même si c’est clair que la crédibilité que la France avait dans nos pays tend à disparaître. Mais ses diplomates restent fins dans leurs stratégies de domination et maître suprême de la diplomatie au Cameroun. Je les trouve influents, discrets en même temps, même si les informations sur la plupart de leurs sorties à l’intérieur du pays sont publiées sur le site de l’ambassade et sur le compte Twitter du patron.

Gilles Thibault, actuel ambassadeur de France au Cameroun reçu par Paul Biya. CC: Présidence de la République du Cameroun

En fait, je m’appuie sur l’attitude des trois derniers ambassadeurs français qui ont défilé au Cameroun pour reconnaître la suprématie de ce pays européen. Je ne connais rien de leur vie privée, ni de leurs ambitions, mais je crois qu’ils sont des fins diplomates, qui remplissent toujours leur cahier des charges. A titre de rappel, les missions de tous les ambassadeurs français à l’étranger, selon le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, est de représenter la France, défendre et promouvoir ses intérêts dans tous les domaines. Le déploiement des diplomates français au Cameroun entre donc dans ce cadre.

Je ne crois pas que la présence française au Cameroun représente une menace, dans la mesure où les français entrent au Cameroun avec l’accord de nos dirigeants. C’est-à-dire qu’ils reçoivent des visas à l’ambassade du Cameroun à Paris. Sauf si je me trompe ? Donc, si ceux à qui notre ambassade délivre les visas viennent commettre des gaffes ici, c’est à nos gouvernants que nous devrions demander des comptes.

Une délégation conduite par Christine Robichon reçue par Paul Biya. CC: Présidence de la République du Cameroun

Car ils ne sont pas obligés d’accepter tout le monde au Cameroun. C’est en fait ce que l’ambassade de France, qu’on traite de tous les noms d’oiseau, fait pour préserver la France des oiseaux de mauvais augures. : elle rejette les demandes de visas quand celles-ci ne sont pas conformes. Elle octroie les visas aux gens qui apportent une plus-value à leur économie. Au Cameroun, les ambassadeurs français ont adopté une diplomatie de convivialité. Ils sont très proches de leurs compatriotes, de la population et de leurs partenaires politiques et culturels.

La France, plus proche de nous que nos ambassadeurs

La diplomatie française est un cas d’école. Entre 2010 et 2017, j’ai vu au moins trois ambassadeurs occuper la Résidence de France à Yaoundé. J’ai par exemple vu Bruno Gain gérer les affaires françaises avec une simplicité que nous gagnerons tous à adopter. J’avais l’impression que ce monsieur était un robot qui avait des batteries toujours chargées. Face aux micros des journalistes, il parlait jusqu’àaaa.

Après lui vint Christine Robichon, dans un climat très fragile. Pauvre d’elle ! Celle qui fût la toute première ambassadrice de France au Cameroun arrive à Yaoundé en 2013 avec la main sur le cœur, comme une mère. Mais les populations de chez moi, qui passent une période difficile à cause des attaques des terroristes de Boko Haram dans la partie septentrionale du Cameroun et les assauts à répétition des rebelles centrafricains à l’Est de notre pays, voient Christine Robichon comme une pyromane.

Ils avaient l’impression qu’elle était une pyromane, tout simplement parce qu’elle est arrivée à un mauvais moment de notre histoire. Durant son séjour au bercail, on a essuyé des attaques sans précédents des forces du mal.

Rencontre entre Gilles Thibault et les blogueurs le 30 mars 2017 à Douala. CC: SN

J’avais du respect et beaucoup d’admiration pour cette brave femme, qui ne reculait devant rien. Elle a même été huée publiquement par une population manipulée par certains « panafricanistes ». Elle avançait dans la tempête, contre vents et marées. Son objectif était de réussir sa mission. Elle est restée droite dans ses bottes, tout en rappelant dans les médias qu’elle n’y est pour rien dans les attaques qui endeuillent le Cameroun tous les jours. Christine Robichon est rentrée chez elle  sans être inquiétée par les pouvoirs publics et sans crise diplomatique.

Son successeur s’appelle Gilles Thibault. C’est lui le nouveau big boss. Un féru des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, qui est entré en fonction le 17 septembre 2016. Il ne cache pas son amour pour les nouveaux médias. Son compte Twitter, qu’il a présenté aux blogueurs camerounais le 30 mars à l’Institut Français du Cameroun, antenne de Douala, va plus vite que Lucky Luke.

Le diplomate est suivi par des milliers de personnes des quatre coins du globe, grâce à ses différentes publications très instructives. M. Thibault communique énormément sur ce réseau social. En 2018 (année des élections présidentielles, sénatoriales, législatives et municipales), je parie qu’il va beaucoup s’investir sur Twitter. Je sais que vous allez me traiter de français si je continue dans cette même lancée. Et puis même, je m’en fous hein!

Gilles Thibault et les blogueurs le 30 mars 2017 à Douala. CC: @samvicked

J’ai juste pris l’exemple des ambassadeurs de ce pays européen, parce que la France est une grande amie, avec qui nous partageons notre passé, notre présent et surement notre futur. Cette amie sait que remplacer régulièrement ses diplomates est productif pour la coopération franco-camerounaise. Parce que chaque ambassadeur vient avec ses défis, challenges et un cahier des charges bien détaillé, et leurs compatriotes sont toujours au centre de leurs préoccupations.

Bref, je parle de la France parce qu’elle est dynamique et plus proche de nous. Tout comme je pouvais également parler de l’Italie, des Etats-Unis d’Amérique, de la Chine, du Tchad, de l’Espagne, de l’Allemagne, etc. qui ont des ambassadeurs qui mènent une course contre la montre au Cameroun. Malgré leurs emplois du temps chargés, ils prennent toujours soin de tous leurs compatriotes, comme une mère veille sur ses enfants.

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