Musique : la old school me berce, la new school me donne la nausée et me saoule  

Il parait que les casseroles, la pornographie et les injures dans lesquelles les « musiciens » camerounais excellent, répondent à la demande du marché local. Je suis pourtant persuadé qu’ils gagneraient à orienter leurs chansons vers les secteurs porteurs.   

L’artiste Armand Laklass que je rencontre ce mercredi au cours de la présentation de son dernier single « Le Petit Bamiléké », me rappelle que nos musiciens sont à l’image de notre pays. « Les artistes sont les reflets d’une société. On n’éduque pas les artistes, on éduque la société. Si la société est mieux gérée, les artistes seront différents. Vous ne direz pas des choses obscènes à vos enfants, à vos amis et vous allez laisser tout à la télé. Qu’en pensez-vous ? Les artistes disent que si vous laissez la société comme ça, voilà comment elle va partir. Je sais que vous faites allusion à mon pote Maahlox, qui pour moi, est un super artiste. Il est très bon, il est très doué. Il ne véhicule pas un mauvais message. Il dit tout simplement que voilà votre société, changez là ! C’est ce qu’il essaie de dire derrière tout ça ».

Et Maahlox le Vibeur le dit avec des mots inappropriés, sous le regard complice des autorités administratives, qui font souvent semblant d’interdire la diffusion de ses chansons, mais fredonnent ses refrains en secret.

Au début, je me souviens que les responsables de Canal2 International trouvaient que les chansons de Maahlox le Vibeur ne pouvaient pas être diffusées chez eux. A ma grande surprise, les organisateurs des Canal d’Or, cérémonie qui récompense les acteurs culturels locaux, pilotée par cette chaîne de télévision privée (l’une des plus regardées du Cameroun), étaient les premiers à nominer cet artiste « qui excelle dans la dépravation des mœurs », dans l’une de leurs catégories.

Maahlox. CC médias Camerounais

Puisque que nous surfons sur la vague des interdits ou presque, il y a la chanson « Coller la petite » de Franko, qui a fait le tour du monde, après avoir été interdite de diffusion dans la localité de la Mifi, par le chef de terre de la contrée, à cause de son côté pervers. Curieusement, cette chanson a permis à son auteur d’être disque d’or l’année passée en France. Je ne pige rien à cette politique musicale.  Comment expliquer que des artistes comme Stanley Enow, Franko, et Maahlox le Vibeur, qui ne proposent rien de bon dans leurs textes, peuvent être primés sous d’autres cieux? Massah, jusqu’à les gars sont faits ambassadeurs de certains produits brassicoles du pays. Parfois j’ai envie de croire que tout est mis en œuvre pour davantage déboussoler notre génération.

Indignation des patriarches

Même le doyen Ekambi Brillant est dépassé par ce phénomène. Le patriarche a formellement prescrit à Doris Alaka, l’artiste qu’il parraine, de ne pas se lancer dans une telle aventure, si elle veut faire long feu dans ce domaine. Lors de la présentation de son premier maxi single « Wake up Africa », le 30 juin 2017 à Douala, l’artiste a dévoilé sa mission. Celle-ci consiste à valoriser les richesses de l’Afrique. En tant que consommateur, je pense que les artistes musiciens de chez moi gagneraient à ne pas continuer à trahir la mémoire de leurs aïeux. Si vous êtes en manque d’inspiration, chers artistes « androïd », je vous propose, à travers vos textes, de vous lancer dans la valorisation de nos secteurs porteurs. Il y a les filières agricoles, textiles, numériques, entre autres de notre pays que vous pouvez mettre en exergue et exciter des investissements, que de chanter les strings, les pipis, les bières et la fête tous les jours alors que vous croupissez dans la misère.

Si vous manquez d’inspiration, je vous propose les vrais musiciens

C’est après avoir regardé un documentaire sur Céline Dion, chanteuse Canadienne, samedi dernier, que j’ai compris que l’industrie musicale camerounaise a encore du chemin à faire. Je suis rarement resté devant la télévision pendant des heures entières pour suivre toutes les étapes de la réussite de la carrière d’un artiste musicien, du début jusqu’à la fin, sans somnoler. A présent, je pense que presque tous les artistes musiciens de la old school « ancienne école », méritent une considération particulière.

Ils méritent qu’on connaisse leurs premiers pas dans le show business, les obstacles rencontrés en chemin et comment ils ont triomphé jusqu’à être adoptés par tout le monde. Je ne zapperai jamais un documentaire sur le roi de la Pop, Michael Jackson, sur Bob Marley, sur Jean-Jacques Goldman, sur Garou, sur Manu Dibango, sur Wes Madiko, sur Eboa Lottin, sur Richard Bona, sur Lorie ou sur 50 Cent. Dans le domaine gospel, je suis fan de Don Moen, Lecrae et Kirk Franklin.

Ekambi Brillant condamne la perversité. CC Valgadine Tonga

Voilà quelques superstars dont personne ne peut contester la suprématie. Ces artistes n’avaient pas besoin d’attendre la naissance des réseaux sociaux (que j’affectionne particulièrement) pour se faire connaitre ou pour écouler leurs disques. Au contraire, ce sont les réseaux sociaux qui ont eu besoin d’eux pour s’enrichir. Ils ont amassé beaucoup de sous, poussé beaucoup de personnes à prendre leur destin à main, ramené beaucoup d’âmes perdues, et réconcilié des couples.

Ce sont des personnes qui ne se sont pas lancées dans l’industrie musicale pour bluffer leurs petits copains du quartier ou pour régler des comptes à des personnes qu’elles détestaient.

La musique, œuvre spirituelle, et non œuvre poubelle

Un sage m’a dit un jour que les chercheurs de la Nasa et des plus grandes sociétés de recherches mondiales se servaient des musiciens de l’ancienne école pour faire avancer la science. Il ne m’a pas donné plus d’explication sur le sujet, mais je crois qu’ils avaient des missions bien précises qu’ils ont surement accompli. Aujourd’hui, j’ai l’impression que quelque chose de louche s’est glissée dans l’univers musical.

Stanley Enow et Didier Kouamo. CC: médias camerounais

On dirait que les nouvelles chansons doivent automatiquement répondre à une philosophie ( pas du tout claire) pour être acceptées par les plus grandes chaînes de télévision comme Trace Urbain, Trace Africa ou MTV, etc. Je suis régulièrement déçu chaque fois que je tombe sur les clips que ces médias balancent en longueur de journée. A part la rubrique « Classique », destinée à la bonne et vieille école, ce qu’ils servent est une vraie « porcherie » pour moi. Et comme on accepte tout sans se poser de question dans notre pays, les parents laissent leurs enfants tourner les reins devant Trace Africa qui les éloigne des réalités locales.

Je ne comprends pas comment cette chaîne de télévision peut laisser croire au monde entier que chez nous en Afrique, les gens ne savent que danser et tourner les reins comme Fally Ipupa. Une vraie connerie qui a fini par séduire tous les nouveaux artistes Camerounais, qui ont compris qu’il suffit juste de chanter comme une casserole pour être adopté par les médias nationaux et internationaux. En plus, il faut privilégier les textes pornographiques et injurieux pour avoir le ticket d’entrée sur le marché discographique. C’est la musique qui est destinée à toutes les tranches d’âges ça? Vraiment !

2 Commentaires

  1. Ton avis est clair. Je peux comprendre que tu sois vexé par la new music. Cependant cette strategie a tout de meme permis de rehausser un peu l’image du cameroun. Les textes sont aberrant certes mais tous ne chantent pas n’importe qoui. J’aime ɓien le style de Dynastie le tigre. Et meme de Franko. Les autres chansons de franko hormis le titre coller la petite qui est comme une enquete musicale est une realité quotidienne. Pourqoui s’appitoyer dessus. Je ne trouve pas l’interet. C’est toujours ton point de vue de revendiquer une musique plus soft. Et, j’apprecie ton point de vue. La musique est un art…

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