Est-ce une bonne idée de dévoiler son statut sérologique à un Camerounais ?

Le Cameroun se joint à la communauté internationale ce jeudi 1er décembre 2016 pour commémorer  la 29e édition de la Journée mondiale du Vih/Sida. Chez nous, un sidéen pauvre est une malédiction pour son entourage.

180 000 personnes souffrant du Vih/Sida sont sous traitement au Cameroun en 2016. Ce chiffre, je l’ai eu aujourd’hui en suivant le journal matinal sur les antennes de la radio Sweet Fm. J’ai également appris que plusieurs centaines de personnes meurent de cette maladie chaque année dans notre pays. Faute de moyens, beaucoup n’ont pas accès aux soins de qualité. Encore qu’ils n’ont pas les moyens d’aller se faire soigner à l’extérieur, ou d’avoir des médicaments efficaces comme nos grands, qui nous construisent pourtant des hôpitaux de « référence » ici.

"Prise de sang"

« Prise de sang »

Mais ce qui anticipe généralement la mort de nos sidéens, ce sont les soucis. Ils en ont tellement. Et vous savez que la loi d’attraction s’applique toujours et à tout le monde. Nos malades sont également victimes de moqueries et d’hypocrisie de la part des gens à qui ils se confient. Ceux-ci le rapportent à d’autres personnes. Finalement, c’est toute la République qui est au courant de votre statut sérologique. C’est bien qu’on connaisse votre état de santé, mais est-ce que cette situation vous avantage ? Je ne crois pas, surtout pas au Cameroun.

On sensibilise les sourds 

Des campagnes de sensibilisation sont pourtant organisées de gauche à droite dans nos cités. Mais je crois qu’elles ne visent pas à inviter les populations à considérer les malades du Sida comme des populations à part entière. Au contraire, c’est pour augmenter leurs souffrances. Les campagnes de dépistage sont bien pensées, mais leurs objectifs restent flous dans ma tête.

Après le dépistage, la suite devient compliquée. A part les conseils, quel sort est réservé aux séropositifs ? La mort. Ceux qui organisent gratuitement ces campagnes de dépistage ne font rien pour eux. Le patient rentre mourant chez lui à 50%. Du coup, il croit que tout est fini pour lui, oubliant qu’il était très bien portant quelques heures avant de se rendre dans ce centre « d’infection ».

Généralement, les séropositifs les plus gentils se retirent de la société et retournent au village en attendant leur mort. Tandis que les « méchants » se vengent en distribuant le virus à d’autres personnes. Il y a quelques mois, un jeune mignon garçon atteint de ce virus légendaire, est décédé au quartier Nkongmondo à Douala, après avoir couché, sans préservatif, avec plusieurs jeunes filles et femmes mariées de son secteur. Elles ne lui ont pas résisté. Heureusement, la majorité n’a pas été contaminée. C’est juste un exemple parmi tant d’autres.

"Pendant le dépistage"

« Pendant le dépistage »

Cette pandémie ne cesse de faire des ravages. Elle rode dans tous les milieux. Mais les personnes atteintes qui décèdent généralement sont celles qui connaissent et dévoilent leur statut.

De mémoire de reporter, je n’ai jamais entendu qu’un haut commis de l’Etat, un diplomate ou un Dg soit mort de ce machin. Et pourtant, j’en connais qui sont porteurs de ce virus et n’en parlent à personne. Leur carnet de santé est avant tout une affaire personnelle. Les plus véreux commercialisent cette maladie. Ils la distribuent aux jeunes filles moyennant quelques billets de banque.

« Quand ce directeur d’une grosse structure pétrolière de la place allait avec des jeunes filles, il proposait à chacune 300 000 FCFA pour avoir des rapports sexuels avec condom  et 1 000 000 FCFA sans condom. Elles étaient libres de choisir. Comme les jeunes filles de maintenant ont un gros cœur, plusieurs allaient avec lui sans préservatif ».

La personne qui rapporte cette histoire fait savoir que la plupart d’entre elles ont attrapé la maladie du siècle. Mais rassurez-vous, le milliardaire ne leur avait jamais dévoilé son statut sérologique. Il était très bien portant. De toutes les façons, rien ne prouve qu’il avait les quatre lettres (S.I.D.A).

"#StopSida"

« #StopSida »

Et moi, pourquoi devrais-je dévoiler mon statut sérologique au premier venu ? Tout ce que je vais encaisser en retour, ce sont les moqueries et le découragement, comme si j’étais le mec le plus impropre de la terre. « Sale sidéen » sera le nom qu’on me collera. Non, je ne dévoilerai pas mon statut sérologique à un Camerounais tant que sa mentalité n’aura pas évolué comme chez les occidentaux, où on entend rarement parler de sidéen.

 

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