Chez les réfugiés urbains de Douala : la fièvre de la rentrée scolaire hante les familles

Beaucoup d’enfants vulnérables ne reprennent pas le chemin de l’école ce lundi 5 septembre faute de moyens financiers. Excursion dans une communauté déboussolée.

Ce dimanche 4 septembre marque la fin des vacances scolaires au Cameroun. Dans l’une des grandes cours de mon quartier, j’aperçois les enfants donc la tranche d’âge varie entre 8 et 15 ans jouer au football pour leur dernière fois. L’un des gamins lance une blague à son voisin : « Tu ne pars pas apprendre tes leçons ? ». Ce dernier de répliquer : « Mais apprendre quoi au juste ? » Je les regarde pendant un moment avant de poursuivre mon chemin tout souriant. Mes pieds se dirigent vers le lieu-dit «Fin Goudron Ngangué».

Vendre les arachides pour payer la pension de ses enfants

En cette veille de la rentrée scolaire, les enfants de ce secteur ont déjà vidé les rues. Seules quelques femmes voilées divisent dans l’une des langues locales en marchant. Elles me font penser à Maman Léontine Legoto, une réfugiée centrafricaine qui vit dans le coin.

Puisque j’y pense, je vais rendre visite à cette femme en charge de beaucoup d’enfants qui sont eux aussi censés reprendre le chemin de l’école ce lundi 5 septembre. Je m’en vais voir comment elle les a apprêtés pour cette nouvelle rentrée scolaire. La seule façon de le savoir concrètement, c’est bien évidemment d’emprunter le couloir qui mène chez elle. Dans ce couloir, je croise sa fille Diana, en train de faire la lessive. Sa mère quant à elle, grille les arachides dans la cuisine. « Bonjour mon fils », m’accueille-t-elle. Elle a l’air abattu aujourd’hui, mais force quand même le sourire ce matin. Elle me fait entrer dans sa maison en planches de deux pièces.  Celle-ci suinte en cette saison des pluies.

"Nous voulons aussi aller à l'école"
« Nous voulons aussi aller à l’école »

Visiblement, la fièvre de la rentrée scolaire hante cette maison. Contrairement à plusieurs familles de Douala où les enfants ont déjà été inscrits à l’école et les fournitures scolaires achetées, ce ménage traverse ces pires moments. L’ambiance est morose. Tout ici va au ralenti. La mère centrafricaine est encore à la recherche des fonds pour envoyer ses enfants à l’école.  En vendant les arachides grillées, elle espère pouvoir relever ce défi. Legoto Léontine apprête un sceau d’arachide d’une valeur de 1500 FCFA. La centrafricaine excelle dans ce petit commerce depuis son arrivée à Douala en 2010. Son époux, M. Tarndadji quant à lui, souffre d’un mal qui le rend pratiquement paralysé. Il s’est rendu à Touboro au Nord du Cameroun pour y recevoir des soins indigènes. A l’aube de la rentrée des classes, le chef de la famille n’est toujours pas de retour. Une situation qui plonge son épouse dans une équation à plusieurs inconnus. « Je vends les arachides grillées pour payer leur école. Ce n’est pas facile. Heureusement que leurs maîtres sont compréhensifs, ils me permettent de régler leurs pensions petit à petit », m’explique-t-elle.

Manque de fournitures scolaires  

Malgré les efforts de sa mère, Bonaventure Tarndadji, 12 ans, a été renvoyé du Lycée bilingue de New-Bell, où il fréquentait l’année dernière, pour mauvaise conduite pendant les heures de cours. Le jeune homme de 6e n’a pas seulement été exclu, mais a également échoué l’entrée en classe supérieure avec une moyenne de 08/20. Cette année, sa mère devra donc se débrouiller pour lui trouver un autre établissement d’enseignement secondaire. Le petit garçon tente toujours de justifier son échec de plusieurs manières: « Je jouais beaucoup à l’école avec mes amis pendant les heures de cours. On a constamment convoqué ma mère à cause de moi. Mais je m’excuse. Cette année, loin de mes amis, je serais plus posé », me promet-il, les larmes aux yeux.

"Merci papa pour ce que tu fais pour nous"
« Merci papa pour ce que tu fais pour nous »

Bonaventure et sa petite sœur Inès Flore, élève au Cour élémentaire deuxième année (CE2) à l’Ecole publique New-Bell Aviation, rencontrent également plusieurs autres obstacles qui contribuent à leur échec scolaire. C’est le manque de fournitures. « Comme je n’ai pas de livre, j’emprunte chez mes camarades pour faire les devoirs pendant la récréation, ou après les classes ». Après avoir longuement échangé avec cette famille, me voici chez les réfugiés tchadiens. Mon principal interlocuteur est le leader de la communauté.

Vers une année blanche

Dans la même mouvance de la rentrée scolaire, de façon unanime, toutes les communautés de réfugiés de la capitale économique camerounaise crient au scandale. Et le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Hcr) dit qu’il a les moyens très limités. Et par conséquent, il ne pourra pas s’occuper de tous les écoliers. J’apprends  également que seuls 500 enfants d’écoles primaires seront soutenus cette année par l’institution humanitaire par l’entremise de son partenaire Plan International. Moyens limités ou pas, Djaradey Tayo Joseph, le président de 409 réfugiés tchadiens enregistrés dans la ville, m’avoue que c’est sa première fois de vivre une situation aussi chaotique en période de rentrée scolaire que celle observée cette année. A l’en croire, les enfants de sa communauté ne sont pas comptés parmi les réfugiés. « Nous avons pourtant des cartes de réfugié, mais le Hcr nous a abandonné », s’indigne-t-il. Et d’ajouter : « le statut de réfugié ne nous permet pas de travailler. Et quand même nos femmes et nos enfants vendent les arachides en bordure de route, la communauté urbaine vient les chasser, il y a aussi les pluies,… C’est pour que nous fassions quoi alors ? C’est vrai que les hommes se débrouillent dans des chantiers, mais que pouvons-nous réellement bâtir avec les miettes que nous gagnons, car il faut payer le loyer et les factures qui vont avec, la nourriture, et ajouter à ça la scolarité des enfants. C’est énorme ! »

C’est donc cette triste réalité que j’ai voulu partager avec vous en cette période de rentrée scolaire. Par ce billet, je souhaite que nous cessions de contribuer (consciemment ou inconsciemment) aux conflits dans le monde, car une famille déchirée par la guerre, c’est déjà trop !

 

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