Youpwè : poissons et fruits de mer, entre disparition et empoisonnement

Le plus vaste lieu de commerce de poissons frais de Douala (la capitale économique camerounaise), dans le deuxième arrondissement, ne fait plus foule à cause de la rareté du poisson et des prix de ses marchandises. Malgré la forte pluie de samedi, je suis allé voir de près ce qui se passe de ce côté… Ouvrons nos parapluies et tentons ensemble de sauver les poissons de la noyade, si nous le pouvons bien sûr !  

Sur la grande place du marché, juste au bord de l’eau, ce samedi 20 août, j’aperçois quelques jeunes garçons en train de nettoyer toutes sortes de poissons. L’objectif étant de satisfaire leurs clients, ils s’appliquent, malgré la forte pluie de ce matin. Chacun, devant son comptoir, tient un couteau en main avec lequel il éventre le poisson  et enlève ses déchets. En face d’eux, au bord du fleuve, d’autres jeunes déchargent les pirogues qui viennent d’accoster. Dans la foulée, un garçon d’environ 15 ans, transportant un sac de glace sur la tête, me fait signe de la main, pour savoir si j’ai besoin de ses services. « Non petit, je suis juste en train de me balader », lui ai-je répondu. Le jeune homme est suivi par un autre de la même tranche d’âge, qui transporte une cuvette de poissons sur la tête également.

"Cessez la pêche illicite"
« Cessez la pêche illicite »

Après quelques minutes d’observation, je quitte les lieux et me dirige vers les commerçants assis le long de la chaussée. Prendre également la température de leur côté. Ici, des poissons d’eau douce, les carpes, les crevettes, les crabes, entre autres fruits de mer, sont versés sur des plastiques transparents étalés à même le sol. D’autres commerçants disposent de cuvettes sur lesquelles ils exposent leurs marchandises. Cette zone pue le poisson et cela me fait penser à mon enfance.

 Le nombre de poissons diminue et les prix augmentent

Grâce à mon parapluie, je parviens à dribbler toutes les gouttes d’eau et à visiter presque tous les coins du marché sans être inquiété par la pluie. Au bout de ma curiosité, je réalise que l’ambiance de ce marché a considérablement diminuée. Elle a chuté au point de ne plus ressembler à celle des années lointaines.

Je me souviens qu’il y a plus de dix ans, ma mère, lorsqu’elle était encore de ce monde, venait régulièrement se ravitailler ici. Elle ramenait des gros poissons à la maison, et chacun d’entre nous mangeait à satiété.  Mais aujourd’hui, la donne a changé. Les prix du poisson ont carrément triplé. Ce qui coûtait 15 000 FCFA à l’époque de ma mère, vaut plus de 50 000 FCFA aujourd’hui ; et ce qui  coûtait 50 000 FCFA est carrément passé à plus 150 000 FCFA. C’est injuste ! Au moment où la pauvreté ronge de plus en plus les citoyens camerounais, les prix des denrées alimentaires ne font que gonfler. On est même dans quel pays comme ça hein, Dieu ?

Les péchés des pêcheurs

Quelques minutes avant d’atterrir au cœur du marché de Youpwè ce samedi matin, je suis allé rendre visite à mon oncle qui vit dans le coin, vers la route qui mène à la « Marina », une zone très prisée par les expatriés à cause de son ouverture sur la mer. Ma joie était immense au moment où je frôlais le sol de Youpwè ce week-end. Je suis content de constater que toutes les routes de ce quartier sont en chantier. Seulement, je redoute que ce ne soit un bricolage de plus. En tout cas, mon vœu le plus cher est que ces routes en construction tiennent plus de dix ans sans se détériorer. De même, j’aurais voulu que la communauté urbaine de Douala entame les travaux du temps où le marché faisait encore le plein de clients grâce de la bonne qualité du poisson et des prix abordables de ses produits. C’est pas grave, comme on dit souvent : « vaut mieux tard que jamais ! » J’espère seulement que ce n’est pas une autre opération de charme du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), en vue de la prochaine élection présidentielle de 2018. Si c’est le cas, les hommes du Renouveau doivent admettre qu’ils contribuent, eux aussi, à la montée en puissance de la pêche illicite et à la disparition des espèces aquatiques à Youpwè.

"Les Chinois à la manœuvre"
« Les Chinois à la manœuvre »

Ils ont fait confiance aux pêcheurs qui « pratiquent une pêche illicite avec des pesticides et des filets non conformes», m’apprend une vendeuse de poissons fumés. Les Chinois, les Nigériens, les Nigérians, etc. sont les principaux acteurs cités dans ce sale coup. « Quand ils versent le produit dans l’eau, ça tue les poissons, même les plus petits. Ce qui fait qu’il n’y a plus reproduction. C’est pour cela que vous constatez que le poisson est de plus en plus rare sur les étals », ajoute la commerçante. J’espère que les autorités camerounaises, qui ont laissé prospérer cette pratique illégale, sont conscientes de ce que le poison utilisé pendant la pêche aura des répercussions néfastes sur les consommateurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *