Vivre ensemble : les petites prières d’Ady Tchouakak

A l’heure où son jour se lève dans la musique, la jeune chanteuse camerounaise rêve d’un monde juste, sans violence.

En cet après-midi ensoleillé, la nana, toute belle, descend d’un véhicule au lieu-dit Dékage à Akwa (centre commercial de la capitale économique camerounaise), se dirige vers moi, et me colle une bise sur la joue. Hum !!! On ne gère pas les regards des passants hein, ma belle ! « Qu’est ce que tu fais ici Didier ? », m’interroge Ady, ma star du jour, qui ignore que j’ai bravé une averse au quartier « Ndokoti » ce matin juste pour honorer notre rendez-vous. Pas la peine d’en parler. Une fois dans les bureaux d’Antoine sis à quelques mètres de l’immeuble Dékage, nous débutons notre séance de travail portant sur le premier « bébé » de cette artiste musicienne au cœur pur et sincère que j’ai eu l’honneur de rencontrer ce mardi 19 juillet 2016.

Le meilleur est à l'horizon

Le meilleur est à l’horizon

Horrible

Adeline Tchouakak, devenue Ady Tchouakak, est avant tout journaliste. Elle travaille pour le compte du quotidien privé « Le Messager ». Son album que je découvre à l’instant, est inspiré de son quotidien de reporter. Un jour, rapporte-t-elle :

« J’étais à Laquintinie (hôpital), il y a un petit garçon qui était venu pour une opération à la gorge, il avait vraiment très mal. Il devait avoir entre 4 et 5 ans et le médecin qui recevait ses parents, a demandé qu’ils aillent dans sa clinique ».

A titre de rappel, la majorité, pour ne pas dire tous les médecins de chez nous, ont des cliniques privées, où ils « transfèrent » plusieurs malades pour leur compte personnel. Mais les pauvres n’ont pas leur place chez eux. Ady affirme que l’opération du petit garçon avait échoué. Conséquence : il est devenu aveugle, sourd,… parce que le médecin ne s’est pas occupé de lui. Cette scène me fait penser au film d’horreur de la femme enceinte des jumeaux éventrés devant les urgences de l’hôpital Laquintinie il y a quelques mois, sans l’ombre d’un infirmier de cette institution sanitaire.

Ady m’explique qu’elle ne comprend pas comment les gens peuvent être aussi méchants. En tout cas, la méchanceté est le lot quotidien de notre administration. Qui ne se rappelle plus des casses de PK17, où plusieurs maisons ont été rasées par les agents de la Communauté urbaine de Douala (CUD) ? Beaucoup de familles ont passé des semaines à la belle étoile sans que cela ne gêne personne.

« Une veuve était là avec ses enfants. Sa première fille était enceinte des jumeaux. La maman s’est battue pour construire leur maison. Quelque temps après, on est venu casser cette maison neuve. La fille enceinte saignait. On a lancé le gaz lacrymogène, le mal a fait qu’elle a accouché sur le champ », se souvient Ady.

Toujours dans la grande ville de Douala, le reporter a vécu une scène aussi terrifiante que celles invoquées supra. Imaginez une maison léchée par des flammes avec toute une famille à l’intérieur ! Ces témoignages me laissent bouche bée.

Pendant le tournage d'Ady

Pendant le tournage d’Ady

Show-biz, pas aussi rose qu’Ady

Pendant que nous causons, en fond sonore, les neuf chansons  qui constituent son premier album intitulé « Ya Zaelee » dans sa langue maternelle ou « Mon jour s’est levé » en français, nous baladent dans son univers culturel. Mais Ady ne chante pas qu’en sa langue maternelle. Elle y met un peu de français, d’anglais, de Douala, ou d’Ewondo, …

On fait une incursion dans le domaine du show-biz qu’elle affectionne depuis sa tendre enfance pour comprendre que le milieu  n’est pas aussi rose qu’elle le pensait. Avant d’enregistrer son album grâce au soutien financier des internautes, elle s’est fait extorquer beaucoup d’argent par des gérants des studios d’enregistrement véreux. Un phénomène qui va croissant au bercail. Ici, on n’aide pas les plus jeunes. Au contraire on drague et on veut coucher avec des jeunes chanteuses avant la production.  Si seulement cette mentalité pouvait changer au moment où elle fait ses premiers pas dans ce monde assez sombre, Ady serait très heureuse.  Concernant son nouveau monde, elle souhaite « que Dieu me prenne la main et m’accompagne où il m’envoie… Quelque soit ce qui arrive, que je reste humble. Que je me rappelle d’où je viens ».

L’Orphelin

C’est mon préféré parmi les neuf titres de « Ya Zaelee ». Ici, Ady « prie pour les amours perdus…». Une reprise d’Abdou Benito sortie dans les années 90. Je vous recommande particulièrement « L’Orphelin ». Une chanson qui me fait couler les larmes depuis hier. Mais ne faites pas comme moi. Il y a quelques sonorités joyeuses dans cet album pour vous. Pour dire que même si c’est triste, il faut qu’on trouve la force pour transcender  certaines choses et de garder le sourire malgré tout. « L’espoir commence par la pochette de l’album. Quand je regarde loin à l’horizon, c’est sombre, mais on sait qu’un jour, on va y arriver », pense Ady Tchouakak, optimiste.

Un talent en herbe

Un talent en herbe

Les titres de « Ya Zaelee »

  • Monod
  • Tseu yor
  • Nde’wo
  • J’y parviendrai
  • Yele Yele
  • O me wè
  • Alléluia
  • L’Orphelin
  • Ya Zaelee

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