Cameroun : Monsieur le Président, vos décrets portent malheur

La plupart des gens que le président de la République du Cameroun nomme finissent généralement derrière les barreaux. Même s’ils sont blancs comme neige, il y a toujours un rapace « Opération épervier » qui plane au dessus de leur tête. Comme pour leur rappeler qu’on ne peut gérer les affaires de cette République sans grignoter dans les caisses de l’Etat. De peur de finir foiré, ou de croupir en prison, je propose de rejeter les postes de Ministre, Président du conseil d’administration, Directeur général, etc. que vous offre le prince.  

Charles Ndongo, le nouveau Dg de la Crtv
Charles Ndongo, le nouveau Dg de la Crtv

Charles Pythagore Ndongo est le nouveau patron de la Cameroon Radio Television (CRTV). « C’est le destin » ; « Non c’est la patience » ; « Non, je crois que c’est le professionnalisme ». Chacun dit ce qu’il peut sur les réseaux sociaux pour justifier le décret présidentiel qui fait de ce monsieur le N°1 du média public depuis le 29 juin 2016. Je dirais pour ma part que le président a nommé son journaliste pour la continuité de l’œuvre qu’il a entamée depuis des décennies. Certainement avant ma naissance. Ce dernier a toujours manipulé la langue française en faveur de son patron. « Il parait même qu’il connait toutes les couleurs des slips que le président porte. Parce qu’il parle de lui comme un saint », s’exclame une jeune femme après avoir suivi un commentaire de Charles Ndongo sur Paul Biya.

Sans blague, il a toujours servi son patron avec dévouement et professionnalisme pour les partisans du régime en place et « griotisme » pour l’opposition. De toutes les façons, le gars a persévéré. Et le « Nkukuma » (le président Biya), croit qu’il mérite le poste de Directeur général de ce média, où il a gravi tous les échelons. Même si ses proches pensent le contraire. Nombreux, bière à la main, sourire aux lèvres, fêtant la victoire de leur champion comme il est de tradition au Cameroun lorsqu’on nomme quelqu’un à un poste de responsabilité, pensent que Charles P. Ndongo méritait ce poste depuis plus d’une décennie déjà.

Paul Biya nomme un nouveau Dg à la Crtv
Paul Biya nomme un nouveau Dg à la Crtv

Il faut quand même reconnaître que le gars a été patient hein ! Tout en multipliant des belles phrases pour polir son seigneur. Il est malin hein, le big boss de Charles ! Il fait souvent comme s’il était aveugle ou sourd. Mais quand il frappe, ça fait des bruits « zouskaaaa », le sourd entend et l’aveugle voit !

De louanges en louanges

Ça paie finalement tant que Biya est encore au trône. Il le fallait. Cette récompense. A deux mois de sa retraite. Ouf ! Le vieux a échappé à la retraite. Vous savez, quand un vieux prend sa retraite dans ce pays, il se croit au chômage. Que penser alors des jeunes qui vieillissent au chômage pendant que les pépés, en panne de stratégies, pilotent toujours les affaires de la République ? Fermez les yeux un instant (pendant 30 secondes), imaginez un vieux pilote de plus de 80 ans au contrôle d’un aéronef dans lequel vous devez embarquer, avec des stewards de plus de 50 ans à bord. Quelle sera votre première réaction en les voyant dans leurs tenues, tous fatigués ? En tout cas moi, je ne grimperais pas dans cet avion. Heureusement que Charles Ndongo, qui remplace Amadou Valmouké à la tête de la CRTV, n’a que plus de 50 ans.

Sales draps

Amadou Valmouké, ce ressortissant de la région septentrionale du Cameroun est dans de sales draps. Il n’aurait pas dû accepter le poste de DG de la CRTV, juste après Mendo Ze, un autre professeur d’université devenu évangéliste derrière les barreaux dans le plus grand pénitencier de Yaoundé. Je me demande ce que Amadou va devenir. Imam ? Je ne sais pas trop comment ça se passe chez eux, moi, je suis chrétien. Jusqu’au moment de la rédaction de ce billet, j’ignore toujours ce que ce papa a fait à une certaine presse, au point de régulièrement faire la Une avec des titres du genre : « Valmouké bientôt à Kondengui » ou encore : « A qui le tour après Valmouké ? ». J’ai peur pour le nouveau DG de la CRTV. Surtout que certaines langues disent qu’il « n’affectionne » pas trop les médias privés. Est-ce que son patron lui-même affectionne d’abord ces « petits » médias ?

Les ministres et DG des geôles 

Essimi Menye a échappé aux griffes de l’épervier. L’ancien ministre des Finances, puis de l’Agriculture, ne posera plus (certainement) jamais l’orteil dans ce pays qui a voulu sa tête. Il y a quelques mois, on l’annonçait gravement malade à l’hôpital de la CNPS à Yaoundé, alors que le type cherchait tout simplement un trou pour s’évader de cet enfer.

Amadou Valmouké, ancien Dg de la Crtv
Amadou Valmouké, ancien Dg de la Crtv

Il faut quand même avouer que les gens ont le gros cœur ici dehors ! Un grand fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI) comme Essimi Menye, ose quitter son prestige de l’autre côté de la mer, pour venir occuper un poste de responsabilité offert par le patron des patrons d’un pays de règlements des comptes, où les gros dinosaures se mangent entre eux et se servent de la presse pour faire la peau à leurs adversaires. Les plus faibles finissent en prison. Des prisons déjà saturées jusqu’au cou.

Sauf si Abah Abah, l’ancien ministre des Finances qui y séjourne depuis des années, peut me prouver le contraire. Heureusement que Essimi Menye a vite fait de tomber malade afin de bénéficier d’une évacuation sanitaire aux Etats Unis. Depuis qu’il est là-bas, le gars est retourné dans ses affaires, loin des griffes de l’épervier. Des cas similaires se comptent au bout des doigts ou n’existent même pas au Cameroun. La plupart de ceux qui ont accepté les postes du prince, même ses amis, ont fini derrière les barreaux. D’autres nous saluent de là-haut. Il parait même qu’il y a tout un gouvernement à Kondéngui qui réclame un chef.

 

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