Comment la bière a bu le cerveau des pauvres au Cameroun

Article : Comment la bière a bu le cerveau des pauvres au Cameroun
31 octobre 2016

Comment la bière a bu le cerveau des pauvres au Cameroun

Je ne doute pas une seule seconde qu’on a maudit certains de mes compatriotes avec l’alcool. Beaucoup en prenne matin, midi et soir pour fuir leurs responsabilités.

Dans l’avion l’autre jour, j’ai rencontré un jeune camerounais d’une vingtaine d’années qui vit à Tunis. Nous avons longuement discuté. Et son ton camerounais est ce qui m’a le plus plu pendant notre causerie. Malgré ses longues années passées en Tunisie, Patrice, c’est son prénom si j’ai bonne mémoire, a gardé son accent camerounais. Pas seulement. Il a aussi gardé l’amour qu’il porte pour l’alcool comme plusieurs jeunes de chez nous. Pour le confirmer, Patrice a demandé à l’hôtesse de la compagnie aérienne qui nous transportait, de lui donner deux bières pendant le vol. Ce que la gentille hôtesse a fait sans hésiter. Après avoir fini d’avaler les deux bières, Patrice en voulait encore.

Mais la jeune dame a refusé de façon très polie, malgré les supplications de mon voisin. « Madame, je ne veux plus de bière, donnez-moi juste un verre de whisky ». Rien. Mon frère camerounais n’obtiendra plus rien de la Marocaine. Je n’en revenais pas. Le gars a consommé les deux bouteilles d’alcool en moins de dix minutes. « Gars, me dit-il, je bois ça pour oublier mes problèmes. J’ai trop de problèmes. J’ai fait confiance à un petit-frère à Yaoundé qui m’a dribblé ». Comme la majorité des gens de chez moi, Patrice croit que la solution est dans la bière. On s’est séparé à l’aéroport de Douala.

"Je suis heureux avec ma bière"

La bière est mon menu du matin

Le lendemain, en sortant de chez moi vers 8h du matin, j’ai vu le bar de M. Mouzong grouillé de monde. Il n’y avait même plus de places assises à l’intérieur. Alors, les clients ont mis des tables dehors pour boire. Sur une table de quatre personnes, je pouvais facilement compter seize bouteilles de bière. Le matin massa ! Je suis parti à mon rendez-vous. A mon retour vers 17h, ils étaient toujours là, en train de « casser les bouteilles de bières » et à rire aux éclats. Et la même quantité de bouteilles de bière était posée sur leur table. Juste à côté, j’ai aperçu une dizaine de jeunes du quartier. Chacun avait une bouteille de bière entre les jambes. Il y avait des mineurs parmi eux. Et quand ils finissent de boire, ils cherchent une cigarette. Après, ils vont dans les kiosques Parifoot, ou Pmuc pour miser.

"Je suis heureux avec ma bière"
« Je suis heureux avec ma bière »

Plusieurs jeunes Camerounais ne vivent plus que des jeux de hasard, de la bière, de la corruption, du vol, et des choses anormales qui vont avec. Ils vont dans les cybers, non pas pour s’informer ou pour chercher du boulot, mais pour suivre des chansons qui n’ont ni tête, ni queue. D’autres y vont regarder les résultats du Parifoot, etc. J’en connais même qui se rendent dans les cybers juste pour lire et télécharger les blagues de Toto, qui rendent toto au finish. Dans un pays sans boussole comme le nôtre, les jeunes issus des familles pauvres se saoulent avec les bêtises de la mondialisation et les parents avec la bière. Comme ils n’ont plus confiance en eux-mêmes, ni en leur pays, beaucoup reposent leurs espoirs sur la loterie américaine. Yes papa, c’est ça le pays des grandes réalisations du pépé d’Etoudi ! En réalité, j’ai constaté que plusieurs camerounais aiment la belle vie, mais sont accros à la facilité. Je ne sais pas comment un jeune ivre peut savoir ce qui est bien pour lui et pour les autres. Pendant ce temps, ceux qui pillent notre pays contrôlent leur vie, ne consomment pas n’importe quoi et ne font pas n’importe quoi. Ils sont trop consacrés à détruire pendant que les autres sont de plus en plus ivres. Il fait beau vivre au Cameroun n’est ce pas ?

Petits conseils

La vie m’a appris que c’est au bout de la persévérance qu’on obtient les résultats qu’on désire. Et pour obtenir ces résultats, il faut se sacrifier. Il y a des choses et des personnes inutiles qui ne nous aident pas à avancer. Il faut s’en débarrasser. Tranchez sans sentiment, même si c’est votre frère, sœur, mère ou père qui représente l’obstacle. Eloignez-vous. La vie m’a également appris que la majorité n’a pas toujours raison. Il faut s’accrocher sur les valeurs de l’humanité. Et pour s’accrocher, il faut être lucide et intègre. Il y a une hygiène de vie à adopter si on veut atteindre ses objectifs. Ne jamais chercher à briser les étapes. La convoitise est à éviter. Il faut se forger sa propre personnalité et rester soi-même. Ne soyez pas lâche. Sachez affronter les problèmes de la vie. N’oubliez jamais une chose : « Vous êtes le seul maître de votre vie. L’échec et le succès sont entre vos mains. La bénédiction et la malédiction sont sur vos lèvres ». C’est ce que la vie m’a appris que je partage avec vous.

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