Biya et Trump, deux «Njounjou» à New York

Le président camerounais boycotte une réunion de haut niveau présidée par son homologue américain. A son tour, le locataire de la Maison blanche fustige les régimes dictatoriaux. Dans les coulisses de la 72e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Entre Yaoundé et Washington, quelque chose ne tourne pas rond. Le pont diplomatique me semble pourtant en bon état entre les deux pays frères. C’est ce que me laisse croire l’attitude de l’ambassadeur Michael Stephen Hoza, qui a quitté la capitale camerounaise il y a seulement quelques jours. Le diplomate américain, après avoir séjourné pendant plus de deux ans au Cameroun, s’est réjoui de l’hospitalité légendaire de notre pays et de la coopération entre les Etats-Unis d’Amérique et la République du Cameroun.

Paul Biya en 2014 lors du sommet USA-Afrique. CC: Wikimedia

Avant de prendre congé, il a prononcé des paroles flatteuses à l’endroit de notre pays. Mais je ne comprends pas pourquoi les présidents Biya et Trump ne marchent pas main dans la main à New York depuis le début de la semaine. C’est curieux, mais ils ne sont toujours pas copains.

Une brouille diplomatique

Depuis l’élection de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale en novembre 2016, les deux hommes ne s’étaient pas encore rencontrés avant la 72e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Onu, qui se tient en ce moment dans la plus grande ville des USA.

Le 9 novembre 2016, je me rappelle que le chef de l’Etat camerounais s’était réjoui de l’élection de celui qui aura trompé les sondages. Il ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour adresser une lettre de félicitations à ce dernier ce même jour. Certains observateurs de la scène politique nationale s’étaient même interrogés sur cet empressement du locataire d’Etoudi depuis 34 ans. «En vous élisant à la tête de l’État, le peuple américain fait la démonstration de sa vitalité politique et de sa maturité démocratique», écrivait Biya.

Donald Trump, président des Etats-Unis d’Amérique. CC: Wikipedia
Paul Biya, président de la république du Cameroun. CC: Wikipedia

Les autres chefs d’Etat de la sous-région Afrique centrale ont fait pareil à une vitesse incroyable. Eux qui prennent généralement tout leur temps quand leurs propres populations sont frappées par des crises sécuritaires, des catastrophes naturelles, des explosions diverses ou endeuillées par des accidents de la route. J’aurai aimé qu’ils agissent aussi rapidement quand celles-ci ont besoin d’eux.

De toutes les façons, Donald Trump n’a pas été tendre avec eux dans son discours à l’Onu. Dans un ton franc et direct, il a remis chacun à sa place. Cela peut frustrer la communauté internationale, mais nous savons tous que Trump ne changera jamais, malgré le brouhaha de certains médias.

Il bouleverse la donne pour l’intérêt de ses concitoyens premièrement et deuxièmement pour la paix « version Trump » dans le monde. Pour une première prise de contact avec celui que certains traitent de guignol, je pense que Biya s’est certainement senti mal à l’aise. Mon boss s’est sans doute retrouvé dans le discours prononcé mardi par l’homme d’affaires devenu président. Même s’il n’a pas directement indexé les dirigeants qui confisquent le pouvoir depuis des décennies, le président américain les a traité de « régimes dictatoriaux ». Eh oui ! Les coupables se reconnaîtront en Afrique.

La Une du quotidien privé camerounais « Émergence »

Mais je crois que Yaoundé se reconnait déjà dans ce paragraphe de Donald Trump : « C’est l’aspiration profonde des peuples à la liberté et à la démocratie qui amène les régimes dictatoriaux à restreindre l’accès à Internet, détruire les antennes paraboliques, tirer sur les manifestants pacifiques non armés et emprisonner les réformateurs politiques. (…) Les régimes oppresseurs ne peuvent durer pour toujours, et le jour viendra où les peuples seront confrontés à un choix». Hein père, tu as un peu abusé, je t’assure. Chez nous au Cameroun, on n’a pas encore détruit les antennes paraboliques. Mais le reste de tes accusations, on peut encore gérer.

La réplique de Biya

C’est clair qu’il y a anguille sous roche. Biya semble avoir répondu à la loi du talion par sa décision de ne pas assister à la réunion portant sur la reforme de l’Onu, initiée par le successeur de Barack Obama le lundi 18 septembre 2017, en marge des travaux de l’Assemblée générale de l’Onu. En mai dernier déjà, les deux hommes devaient se rencontrer à Beijing, en Chine. Mais le tête-à-tête a été avorté, je ne sais pas pourquoi.

 

NB : Un Njounjou dans le langage camerounais, représente en quelque sorte un monstre sacré.

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