Le Cameroun rafistole déjà la Can 2019  

Je cherche toujours à savoir sur quoi les dirigeants de mon pays se basent pour dire que nous pouvons tenir le pari de l’organisation de la 32e Coupe d’Afrique des Nations de football. Je reste pessimiste malgré les gros discours « rassurants » qui ignorent tout ce qu’on a comme insuffisance dans les domaines infrastructurels, hôteliers et routiers. Désolé il y a un nouvel arbitre sur la pelouse ! 

Ce qu’ils ignorent, ou alors qu’ils font semblant d’ignorer, c’est que les règles du jeu ont changé depuis que le nouveau président de la Confédération africaine de football [Caf] a envoyé notre Issa Hayatou en retraite forcée. Donc nos dirigeants devaient déjà songer à accélérer les chantiers de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de 2019 que notre Issa national a obtenu avant son départ de l’instance faîtière du football africain. Ah si seulement ce monsieur nous avait aussi doté de quelques stades modernes avant son départ ! Certainement qu’il pensait que la chance allait encore être de son coté. Hein père, que c’est ta maison? Maintenant que tu n’y es plus, il faut qu’on arrête nos «camerouniaiseries». Le moment est donc venu de se dire les vérités en face pour ne plus tomber dans un tel piège.

Stade Ahmadou Ahidjo. Crédit photo: Wikipedia

C’est vrai qu’on nous a habitués aux bricolages de dernières minutes dans ce pays, mais cette fois, je crois qu’on ne s’en sortira pas. Je vois mal Ahmad Ahmad, le nouveau boss de la Caf, fraichement arrivé au trône, accepter que sa toute première Can se déroule dans des conditions archaïques. A sa place, je me méfierai, jusqu’à ce que mes équipes d’inspection des lieux me présentent un rapport convaincant.

Ali Bongo est vif, Paul Biya est nonchalant : il n’y a pas match !

J’ai entendu certaines personnes dire que si le Gabon a pu organiser la Can 2017, pourquoi le Cameroun ne parviendrait-il pas à son tour? Ma réplique est simple : Ali Bongo, un chef de l’Etat très pragmatique, allait personnellement inspecter les chantiers des stades où les matchs devaient se dérouler. Paul Biya peut-il également relever le défi? Parce que je suis persuadé que lui seul peut décanter la situation à l’état actuel des choses, en effectuant des visites inopinées sur le terrain pour constater l’état d’avancement des travaux. Vous me direz qu’il y a des gens mandatés pour ce job. Ces derniers lui dressent-ils des vrais rapports ? Il est donc important qu’il y veille personnellement. Mais connaissant l’orgueil de l’homme, il ne descendra sur le terrain sous aucun prétexte. Et puis, il parait qu’il compte briquer un nouveau mandat l’année prochaine. Raison de plus pour préparer sa réélection à la tête du pays pour un nouveau septennat.

Chantiers achevés, pas avant

Mon intention n’est pas de disqualifier mon pays de l’organisation de la prochaine Can, bien au contraire. Mais quand je regarde dans le rétroviseur, je crois qu’il devrait se retirer de lui-même, sans trop de bruits. Pour une fois, évitons la honte à nos compatriotes. Je parcoure plusieurs chantiers de ce pays et l’état actuel des travaux me laisse perplexe. J’ai envie de croire que les multiples déclarations du gouvernement et leurs partenaires ne nous aideront pas à achever nos nombreux chantiers avant la date butoir.  Dans ce cas, l’idéal, à mon humble avis, serait de sauver notre peau en renonçant rapidement à l’organisation de l’édition de 2019, qui nous fera certainement réaliser des bonnes affaires, mais ne contribuera pas au développement économique de ce pays. Si le football rendait un pays riche, ce que ce pays serait un mini paradis sur terre avec les nombreux trophées raflés par les Lions indomptables sur le continent. En plus, qui peut me dire, avec preuve à l’appui, ce que la Can féminine que nous avons récemment organisé a réellement apporté au pays de Samuel Eto’o ?

Logo Caf. Crédit photo: Wikipedia

Soyons donc réaliste comme la Zambie, qui s’est officiellement retirée de l’organisation de la Can U23 Total édition 2019. Il n’y a aucun péché à renoncer quand on ne peut pas. Il faut juste savoir le reconnaitre et stopper rapidement le bras de fer inutile qu’on veut engager avec la Caf. C’est vrai qu’on avait pris des engagements pour accueillir 16 équipes, mais les nouveaux boss du football mondial en ont opté pour 24. Ce qui oblige le Cameroun à revoir ses chantiers.

Dans le #4ePouvoir, un groupe WhatsApp regroupant les hommes de médias camerounais, le sujet a meublé le débat de vendredi dernier. C’est où j’ai appris que huit équipes supplémentaires nécessitent également l’augmentation du volume d’accueil. « Il faut aller vite, et prouver à Ahmad qu’impossible n’est pas nous, c’est un plan contre le Cameroun », pense un contributeur. André Mirabeau Mahop, journaliste sportif en service à Canal 2 International, plus réaliste et direct, se pose la question sur le genre de portion magique que le Cameroun va avaler pour se doter de « six stades pour une Can à 24, au moins 20 stades d’entrainement, 6 hôtels 4 étoiles avec des conditions d’accueil et de communication huppées ». Sur le volet accueil justement, il faut dire à nos hôtesses de ne plus amener leurs visages froncés sur les lieux de service. Parce que parfois tu arrives dans un hôtel, elles te défigurent de la tête aux pieds comme un chien égaré. Il faut plusieurs mois de formation pour qu’elles ne rient plus aussi bêtement face à un client de l’hôtel, encore moins le draguer. C’est un autre immense défi  à relever.

Stade Ahmadou Ahidjo à Yaoundé. Crédit photo: Wikipedia

Un autre arbitre tient le sifflet

On a peut-être rafistolé à l’époque d’Issa Hayatou. Aujourd’hui, le nouveau maître du « game » est Malgache. Comme souligné supra, je vois mal Ahmad Ahmad accepter que sa première Can se tienne où « les supporters seront debout sur les échafaudages ». Réagissant toujours dans le #4ePourvoir, André Mirabeau Mahop est curieux de voir comment en 24 mois, son pays va « rénover Douala et Garoua, construire Japoma et Olembe, finir les chantiers du rondpoint Deido et du second pont sur le fleuve Wouri, construire 10 nouveaux stades d’entrainement, se doter d’une dizaine d’hôtels 4 étoiles, rénover les aéroports de Bafoussam et Garoua, et organiser 4 élections [Municipales, législatives, sénatoriales et présidentielles en 2018], bref on va faire en deux ans ce qu’on n’a pas pu faire depuis que je suis né ».

Je suis K.O debout en lisant ces propos du jeune journaliste sportif. Ce qui m’oblige à demander « gentiment » au grand-frère Tombi à Roko Sidiki, président de la Fédération camerounaise de football [Fecafoot] et au Ministre camerounais des Sports et de l’éducation physique [Minsep], Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt, de céder l’organisation au Maroc pour mieux se préparer pour les prochaines éditions.

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