Mobilisation anti-FCFA : la distraction des guignols

Je suis bien curieux de voir comment on s’en sortira en adoptant notre propre politique monétaire avec nos mentalités actuelles. Je m’explique. 

Un jour, un certain Joe La Conscience m’a invité à venir couvrir sa manifestation anti-FCFA organisée devant le consulat général de France à Douala, rue des Cocotiers à Bonanjo. Comme un bœuf qui va à la boucherie, je me suis rendu sur place sans savoir ce qui m’attendait. Joe La Conscience est arrivé dans une tenue vert-rouge-jaune. Je ne savais pas que le site était encerclé par des agents des renseignements généraux. Quelques minutes après l’arrivée de Joe, un car de la police de couleur bleue est venu me ramasser comme un vulgaire chien. C’est ce qui arrive souvent aux reporters accros au buzz comme moi.

Les gars ne m’ont pas fait de cadeau. Ils m’ont molesté. Je n’oublierai jamais ce jour. Après m’avoir auditionné trois heures durant, ils m’ont relâché. Joe avait également été arrêté au même moment que moi. On lui a posé cette question : « pourquoi tu manifestes contre le FCFA devant le consulat de France ?  Tu ne pouvais pas aller dire ton ras-le-bol sur le plateau de la télévision Afrique Média? » Le mec qui se dit panafricaniste, était incapable de justifier son action. On nous a relâché à la même heure, mais le « con » s’est permis d’appeler mon directeur de publication pour lui dire qu’il était détenu dans un lieu secret. Un gros menteur qui veut battre sa propre monnaie ! Hum, ça, c’est la meilleure !

« Un flyer annonçant une mobilisation anti-FCFA le 11 février 2016. CC: Dolly Afoumba »

La priorité est ailleurs  

Je suis d’accord avec ceux qui croient que la colonisation est inhumaine. Que ceux qui ont eu la « merveilleuse » idée de quitter leurs territoires pour venir terroriser mes ancêtres, et les dépouiller de tout, ont commis un crime contre l’humanité. Et par conséquent, ils devront donc être traduits devant la Cour pénale internationale (Cpi) pour répondre de leurs actes. Un rêve fou qui ne se réalisera certainement jamais ! Depuis le début de l’année, je vois aux quatre coins du monde, une série de mobilisations contre le Franc des colonies françaises d’Afrique (FCFA). Les gars veulent absolument en découdre avec ce qu’ils appellent « machin ».

C’est bien beau, mais je me demande si c’est vraiment ce dont nous avons besoin à l’heure actuelle. Nous avons plusieurs maux qui freinent notre épanouissement, mais les gars mettent tout sur le dos du FCFA. Comprenons-nous très bien, je ne suis et ne serai jamais contre cette initiative louable pilotée d’une main de fer par le Sénégalais Kemi Seba. Mais je crains que ça ne soit qu’une pure et simple distraction. Cette monnaie engraisse nos dirigeants et vous les voyez s’en débarrasser aussi facilement ? Je crois que c’est une goûte d’eau dans la mer. Nos brillants manifestants font exprès d’oublier que pendant qu’ils organisent les manifs anti-FCFA en 2017, les colons eux, ont pensé à son maintien il y a de cela plus d’une dizaine d’années, et n’avaient pas besoin d’un tapage médiatique tout autour pendant leurs réflexions pour attirer l’attention de ceux qu’ils tiennent dans la misère depuis des lustres. Tout se passe à huis clos et dans la perfection.

« Un billet de 10 000 FCFA de l’Afrique centrale CC: commons.wikimedia »

C’est vrai que M. Idriss Deby Itno, le président Tchadien nous a fort étonné en dénonçant cette monnaie qu’il utilise pourtant depuis sa naissance. Le boss n’a pas le courage de signer un décret annulant l’usage du FCFA sur son territoire. A sa place, je m’offrirais des machines de fabrication de billets de banque (il en a les moyens hein), et choisirais un nom historique que je collerais à la monnaie que je veux pour mon pays et j’adopterais une politique monétaire nationale. Ce n’est pas facile ça ?

Si le président Tchadien n’arrive donc pas à le faire, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas prêt. Et vous croyez que ce sont nos pauvres « panafricanistes » qui triompheront des griffes occidentales ? Certains fustigent même les colons étant sur leurs territoires. Les amis, le vrai combat se déroule ici, au pays de nos ancêtres ! Le tout n’est pas de dénoncer, mais de prendre ses responsabilités.

Le problème, c’est nous

Au Cameroun, mon pays d’origine, nos gouvernants s’en foutent du brouhaha des « experts» qui disent que le FCFA est un machin qui freine le développement des pays qui l’utilisent. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je suis quand même sûr d’une chose : ce n’est pas le FCFA qui a mis l’esprit de corruption dans la cervelle de mes frères africains. Encore moins le chômage. Ce n’est non plus le FCFA qui appauvrit nos pays. La preuve est que nous avons beaucoup de milliards et de richesses sous nos pieds. Mais qui connait la direction qu’ils prennent chaque année pour qu’on soit toujours là à tendre nos mains vers l’occident pour emprunter les sous pour « construire » nos infrastructures ? Croyez-vous que ces gens (nos dirigeants), aussi égoïstes soient-ils, peuvent accepter la fin du FCFA ?

« Le continent africain. CC: Wikepedia »

Mes questions ne tiennent peut-être pas debout, mais j’aimerais qu’on m’explique comment on va s’en sortir avec notre propre monnaie avec notre mentalité actuelle ? Ici, certaines personnes se détestent pour rien. D’autres élaborent les lois et sont les premiers à les violer. Les riches font grimper les prix des denrées alimentaires en faisant semblant d’oublier qu’il y a trop de chômeurs et de pauvres dans nos cités. Et vous croyez que la sortie du FCFA viendra miraculeusement nous délivrer de nos vrais bourreaux ? Je deviens peut-être bête, mais je veux comprendre comment les emplois vont naître avec notre propre monnaie ?  Comment les micro-finances ne vont plus fermer leurs portes avec les sous des épargnants ? Etc.

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3 Commentaires

  1. « Toutes les Révolutions dans l’Histoire de l’Humanité , qu’elles soient culturelles , politiques , technologiques , scientifiques , morales,philosophiques ou manageriales, passent par 3 étapes : D’abord c’est RIDICULE , puis c’est DANGEREUX et à la fin c’est une EVIDENCE » – Idriss ABERKANE

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