Les violences de Bamenda me font froid dans le dos

Les ressortissants anglophones du Nord-Ouest, à Bamenda, ont engagé une série de manifestations ayant mal tournées. On dénombre au moins un mort cette semaine. Un mort de trop au Cameroun.   

Ma voisine Rachel, originaire de Bamenda, sait que je l’aime (pas amoureusement hein), même si on fait souvent des jours, voire des mois sans se dire « Bonjour ». Rachel a perdu l’un de ses parents il y a quelques semaines (pas dans les manifestations de Bamenda). Elle s’est rendue à ses obsèques, accompagnée de sa grand-sœur Frida la semaine dernière. C’est avant-hier (mardi) qu’elles sont rentrées en disant :

« C’est devant nous à l’agence de voyage que les violences ont débuté. Tout se passait devant nous. J’ai eu peur. La police lançait le gaz lacrymogène pour disperser les foules»

Le weekend dernier à Bamenda, des pneus ont été brûlés, des établissements publics cassés, une vie a été enlevée.

« Le ras-le-bol des anglophones »

Des évènements qui auraient pu êtres évités… Si le pays était sur les rails.

Si ceux qui nous gouvernent avaient une oreille attentive aux revendications des uns et des autres. S’ils ne minimisaient personne. S’ils agissaient rapidement quand on leur sert des correspondances. Mes frères « Bamenda » ont la mémoire courte. Ils oublient que nos dirigeants ne réagissent que quand survient un drame.

"Face aux forces de l'ordre"

« Face aux forces de l’ordre »

Comme Rachel, je suis accro à la paix.

Je n’aime pas les coups de fusil. Il est donc hors de question que j’encourage les forces de l’ordre qui tirent sur les manifestants, même si ceux-ci cassent les établissements publics. On a beaucoup de sous dans les caisses pour en reconstruire d’autres ou bien !

Ce n’est pas pour autant que j’applaudis ces gens qui cassent tout sur leur chemin, Ils ne font qu’agacer les “forces du désordre”. Nous sommes dans un pays de répression. Chez nous, les policiers n’encadrent pas les manifestations, mais les dispersent à coups de gaz lacrymogène.

A vrai dire, mes amis de Bamenda, je n’arrive pas à justifier la tournure des évènements tandis que je trouve vos revendications plutôt justes. Un mort, c’est un Camerounais de trop qui meurt ! Vous dites votre ras-le-bol parce que les pouvoirs publics ne vous écoutent pas. Moi aussi je suis choqué. Vous devez vous rappeler que la balance du Cameroun (dans presque tous les domaines) ne pèse en faveur d’aucune ethnie, tribu ou région. Nous sommes tous dans la même merde mes frères/sœurs! Certaines personnes pensent souvent que je suis du pays « organisateur », c’est-à-dire de la région du président Paul Biya, et pourtant je chôme, au même titre que plusieurs de mes frères et sœurs. Le système éducatif de notre pays ne pèse pas suffisamment en votre faveur, c’est entre autres la raison de votre révolte.

Manifestants violents, ne donnez pas raison à ceux qui voudraient nous diviser, à ceux qui ne comprennent pas que notre pays est un et indivisible. Bien sur que je partage vos revendications ! Mais je pense, à mon humble avis, qu’une marche pacifique, quand bien même elle aurait eu besoin de plus de temps, n’aurait pas provoqué cet accident qui m’attriste. En toute sincérité, les violences de Bamenda me font froid dans le dos.

"ça brûle à Bamenda"

« ça brûle à Bamenda »

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Didier Ndengue
Journaliste-blogueur

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