Climat des affaires : Cameroun, terre d’attractivités corrompue

Yaoundé abrite jusqu’à ce mercredi 18 mai 2016, une conférence économique internationale sur les investissements. L’occasion pour les autorités camerounaises de dire la vérité aux participants sur l’état des lieux dans leurs administrations respectives.

« No pitié in business ! » Tous les gros bonnets de l’économie mondiale et nationale réunis depuis mardi 17 mai à Yaoundé se souviennent certainement de cette phrase du célèbre comédien ivoirien, Gohou Michel. Surtout en cette période où la capitale camerounaise accueille une conférence économique internationale sous le thème principal : « Investir au Cameroun, Terre d’attractivités ».

Pour ceux qui ne connaissent pas « Koffi Gombo », c’est Gohou Michel dans des aventures où il ne perd jamais dans les affaires. C’est dans cette logique que le Cameroun traite avec ses partenaires qui ont effectué le déplacement de Yaoundé. Avant d’y arriver, il nous faut d’abord confesser nos pêchés capitaux. En d’autres termes, les collaborateurs du chef de l’Etat camerounais doivent avouer aux participants ce qui ne tourne pas rond dans leurs différentes administrations, au point où presque rien ne bouge sans motivation préalable.

Place portuaire de Douala

Place portuaire de Douala

Anecdotes

Permettez que je vous relate deux petites histoires sur le climat des affaires dans mon cher pays. Je vais être très bref. Commençons par Jacques Ndeby, un expert dans le domaine de la qualité et des normes. Ce brave franco-camerounais est dans ce domaine depuis plusieurs décennies, avant même la création de l’Agence des normes et de la qualité (Anor) au Cameroun. M. Ndeby a quitté sa femme, ses enfants en France pour venir investir dans son domaine de compétence chez les siens. Le pauvre est arrivé à Douala les poches pleines, croyant qu’il obtiendrai tous les documents administratifs relatifs à la mise en place de sa structure en quelques semaines. Ce monsieur de plus de cinquante ans a été trimballé dans les administrations publiques comme un chien parce qu’il ne voulait pas monnayer. Qui est le pauvre con qui lui a dit qu’ici on donne les documents simplement pour les beaux yeux des investisseurs?

Plus de cinq ans après, Jacques Ndeby n’est toujours pas stable. Son entreprise peine réellement à décoller. Sur le plan familial, l’expert a divorcé de sa femme à cause de ses longues années d’absence en France. Ses gosses ont plusieurs fois fêté leurs anniversaires sans la présence de leur papa. Le bon monsieur espère toujours le meilleur de la part de ses « amis », responsables des ministères. Depuis qu’il a été dépouillé, ceux-ci se servent de son expertise à chaque fois qu’ils en ont besoin pour atteindre leurs objectifs. Quel gâchis ! Comme Jacques Ndeby, plusieurs camerounais de la diaspora ne songent plus venir investir au Cameroun à cause des tracasseries administratives.

Paul Biya et Vincent Bolloré à Yaoundé

Paul Biya et Vincent Bolloré à Yaoundé

Escroquerie

L’autre affaire que je voudrais partager avec vous est celle concernant Peter Verheyen. Il y a pratiquement plus de deux ans, si j’ai bonne mémoire, cet opérateur économique belge a été séduit par un projet de ferraille d’un camerounais. Le belge, étant en Europe, comme un novice dans le monde du business, a envoyé plusieurs millions d’euro au camerounais pour réserver sa marchandise.

Le camerounais lui avait fait savoir que c’est l’un de ses parents qui détient toute la ferraille du pays de Paul Biya. Il faut être un gamin dans les affaires pour croire à un tel mensonge ! Mais le belge croyait qu’il avait trouvé un ange au pays des lions. Comme Jacques Ndeby, Peter Verheyen a versé d’énormes sommes d’argent au camerounais. En échange, il lui a fourni des faux documents administratifs avec l’aide des autorités administratives véreuses.

Je n’ai pris que ces deux cas auxquels j’ai personnellement assisté pour présenter le vrai visage du climat des affaires dans mon pays. Le Cameroun a trop roulé dans le mensonge. Il faut changer les mentalités. Certes, ce pays possède les atouts économiques les plus importants de la zone Cemac. Mais la bataille pour éradiquer la corruption et de tous ses attributs est encore loin d’être remportée.

Doing Business

Doing Business

Mon intention n’est nullement de décourager les initiateurs de la conférence économique internationale qui prend fin ce 18 mai 2016. Loin de moi cette pensée anti-développement. Seulement, il est important de dire aux illustres invités qu’on ne dédouane pas les conteneurs au port autonome de Douala (Pad) en quelques jours. Qu’on n’obtient pas les documents administratifs en quelques heures seulement sans « motiver ». Que les patrons sont souvent plus occupés à leurs affaires personnelles qu’aux affaires publiques. Si on parvient à inverser cette tendance, notre pays n’aura plus à perdre de dizaine de places dans le classement Doing Business, entre autres baromètres. Au classement Doing Business 2016 que vient justement de publier la Banque mondiale, le Cameroun pointe à la 172ème place sur 189 pays.

6 Commentaires

  1. je daccorise. Cette terre est très attractive certes. Mais le comportement et la mentalité des Camerounais sont l’opium du développement. Un pays ou la corruption dicte sa loi et règne en maître ne peut véritablement émerger. On fait fuit les investisseurs. Il suffit de regarder les entreprises qui ferment pour comprendre. Avant que ces investisseurs là acceptent qoui que soit il faut qu’ils s’interrogent sur les 33 ans de pouvoir de l’homme lion… Affaire à suivre

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