Muhammadu Buhari : welcome Mr. President

Au Nigeria, ce 29 mai 2015 est jour de prestation de serment de M. Buhari. Des tas de dossiers sont sur la table du nouvel homme fort du Nigeria. Il devra primo, éradiquer le terrorisme et l’esprit tribal qui rongent ses compatriotes et contaminent les voisins.

L’adoption de la stratégie commune de lutte contre Boko Haram de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) n’a pas encore eu lieu jusqu’à ce jour. Il fallait d’abord attendre la prestation de segment de Muhammadu Buhari, nouveau président élu de la République fédérale du Nigeria. Mais déjà, depuis que cet homme a renversé Goodluck Jonathan par les urnes, les atrocités de la secte terroristes se font de moins en moins ressentir tant au Nigeria (fief de Boko Haram) qu’au niveau des pays voisins (Cameroun, Niger, Tchad, Bénin). Dans le but d’éradiquer ce groupe terroriste, un document avait été concocté à Douala le 2 avril dernier. Les experts des deux blocs régionaux s’étaient alors retrouvés dans un hôtel de la capitale économique camerounaise pour réviser tous les textes internationaux liés à la lutte contre le terrorisme. La réunion conjointe avait permis de rédiger un projet de Déclaration qui devait être approuvé à Malabo, en Guinée équatoriale, le 8 avril 2015 par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres des communautés économiques des Etats d’Afrique centrale et de l’Ouest.

Doléances

Le jour de la victoire de Buhari sur son challenger, Goodluck, la majorité de Nigérians rencontrés à Douala formulait le vœu de voir les maux de leur pays disparaître une fois pour toutes. Nombreux souhaitent que les régions Nord, Sud, l’Est à l’Ouest ne se regardent plus comme ennemies. Que le nouveau président fasse profiter les richesses du pays à tous les Nigérians. Afin que cesse la jalousie, la haine, entre autres. Le pays le plus peuplé d’Afrique entame donc un nouveau départ. Et M. Buhari tient les commandes. Il doit conduire le pays à bon port.

 Portrait de Muhammadu Buhari

Retour sur les principales étapes de la vie d’un homme à poigne qui a déjà dirigé la junte militaire entre 1983 et 1985 et qui va présider, pour les cinq années à venir, aux destinées du pays le plus peuplé d’Afrique avec 173 millions d’habitants et également première puissance économique de la sous-région ouest-africaine.

Musulman originaire du Nord

Muhammadu Buhari est né le 17 décembre 1942 à Daura, dans l’État de Katsina, situé au nord du Nigeria à la frontière avec le Tchad. Dernier né d’une fratrie de 23 enfants, il est le père de 10 enfants issus de deux mariages.

Le candidat de All Progressives Congress (APC) s’était publiquement exprimé en 2011 lors d’un séminaire, en faveur d’une application totale de la loi islamique, la charia, dans tout le pays. Mais en janvier 2015, en pleine campagne électorale, il était revenu sur ses dires en défendant la liberté de culte, rappelant au passage n’avoir jamais imposé la charia lorsqu’il était au pouvoir entre 1983 et 1985.

Militaire et rigide chef de junte pendant 20 mois, entre 1983 et 1985

Muhammadu Buhari rejoint l’armée à l’âge de 19 ans. Il suit plusieurs années de perfectionnement en Grande-Bretagne, puis gravit les échelons pour devenir en 1980 officier général des Forces armées nigérianes. Une carrière accélérée notamment par sa participation en 1966 au coup d’État mené par le lieutenant-colonel Murtala Muhammed, pour renverser le régime d’Aguiyi Ironsi.

En décembre 1983, le général Buhari prend les rênes du pouvoir après avoir renversé le président Shehu Shagari, élu en 1979. En août 1985, l’homme qui a dirigé d’une main de fer le Nigeria est à son tour renversé par le général Ibrahim Babangida.

Pendant ses 20 mois au pouvoir, il fait de la guerre contre l’indiscipline, son principal cheval de bataille. La tricherie lors d’examens universitaires pouvait par exemple conduire à une peine d’emprisonnement de 20 ans et il n’hésitait pas à faire fouetter en public les fonctionnaires arrivant en retard à leur bureau.

La « méthode Buhari » était qualifiée de rude, si bien que le général était vu comme un dictateur. Au nom de l’indiscipline, il avait fait exécuter publiquement en plein centre de Lagos, trois Nigérians condamnés pour trafic de drogue. Ses adversaires se souviennent d’un Etat policier qui suspendait les libertés civiles et maltraitait les opposants. Sous sa gestion, de nombreuses personnes sont conduites en prison, dont Fela Kuti, père de la musique nigériane « Afrobeat » et activiste des droits de l’Homme.

Trois fois candidat malheureux à la présidentielle

Muhammadu Buhari est désigné candidat en décembre 2014 par le principal parti d’opposition, le Congrès progressiste (APC), avec 3 430 voix, devant l’ancien vice-président Atiku Abubakar qui obtient 954 voix. Il effectue son retour en politique en 2003, lors de l’élection présidentielle perdue contre l’ancien général Olusegun Obasanjo, qui l’a aujourd’hui rallié. En 2007 et en 2011, il perd face à Umaru Yar’Adua (décédé au pouvoir) puis Goodluck Jonathan. Sa défaite en 2011 entraîne des violences au cours desquelles un millier de Nigérians sont tués.

Ticket avec le Sudiste Yemi Osinbajo, pour équilibrer la donne face à Jonathan

L’alternance ethnique entre chrétiens sudistes et musulmans nordistes étant cruciale au Nigeria, le nordiste Muhammadu Buhari désigne le 17 décembre 2014 pour la vice-présidence, Yemi Osinbajo, issu de l’ethnie yoruba du sud du pays, en vue d’équilibrer la candidature de son parti face au président sortant, Goodluck Jonathan.
Yemi Osinbajo qui est responsable du département de droit public de l’Université de Lagos, jouit d’une riche carrière professionnelle. Chrétien évangéliste, il fait partie du comité de rédaction du Manifeste de l’APC en 2013.

L’alliance avec Olusegun Obasanjo

Battu à la présidentielle de 2003 par le général Olusegun Obasanjo, Muhammadu Buhari entretient de bons rapports avec l’ancien président surtout depuis que ce dernier a publiquement déchiré sa carte de membre du PDP, en février dernier.
Buhari avait été nommé par Obasanjo en 1976, au poste stratégique de ministre du Pétrole et des Ressources naturelles. Les relations exécrables entre Goodluck Jonathan et Olusegun Obasanjo profitent fortement à Buhari dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle.

Muhammadu Buhari, l’homme providentiel ?

Candidat à l’élection présidentielle du Nigeria, le 28 mars, pour la quatrième fois, Muhammadu Buhari, 72 ans, représente, aux yeux de nombreux Nigérians excédés par les attaques du groupe terroriste Boko Haram, l’homme de la situation face à un Goodluck Jonathan accusé d’indolence devant la menace islamiste. Boko Haram a fait, depuis 2009 dans le nord-est du pays, plus de 13 000 morts et 1, 5 million de déplacés.

Pour la plupart des Nigérians, sa réputation d’intégrité à toute épreuve et de dirigeant à poigne fait de lui l’homme dont le pays, empêtré également dans les problèmes économiques, a besoin pour se redresser.

Après trois tentatives infructueuses (2003, 2007 et 2011) à l’élection présidentielle, les Nigérians viennent d’accorder, ces 28 et 29 mars 2015, une chance au candidat de l’APC qui a su, au cours des trois derniers mois, exploiter les échecs du gouvernement Jonathan, surtout au niveau de l’insécurité et de la corruption. Il promet, à ce niveau, de mener une lutte sans merci au sein de l’élite, en vue de la distribution plus équitable des revenus du pétrole.

 

Didier Ndengue avec www.news.abidjan.ne

 

 

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