Après la chute de Blaise Compaoré: Les burkinabè du Cameroun s’expriment

En plus du retour des civils au pouvoir, ils souhaitent la lumière sur les assassinats de Thomas Sankara et Norbert Zongo.

Enfoncé dans le fauteuil de son bureau ce mercredi 05 novembre 2014 à l’Ecolerégionale de sécurité incendie (Ersi), Christophe Kaboré pense que toucher à l’article 37 de la Constitution burkinabè était la pire erreur de Blaise Compaoré. Cet ancien responsable des Comités de défense de la révolution (CDR) se souvient toujours de ce fameux août 1983. En cette date, l’actuel instructeur pompier, alors âgé de 22 ans, était membre de la clique dirigée par Thomas Sankara pour la libération de leur pays, le Burkina Faso. Blaise Compaoré faisait lui aussi partie de ce mouvement des jeunes engagés. L’histoire apprend que c’est lui qui est à l’origine de la mort de son compagnon militaire Thomas Sankara. Mais les burkinabè installés dans la capitale économique camerounaise ne s’attardent pas trop sur ce triste passé. Depuis l’avènement du printemps arabe, Christophe Kaboré était persuadé que le déclin de Blaise Compaoré, à la tête du Burkina Faso, était proche. « Qu’il nous dise ce qui s’est passé pour qu’il élimine son ». Le pompier apprend que M. Compaoré a modifié la Constitution trois fois et en était à sa énième tentative. D’où le courroux du peuple burkinabè. Les jeunes, qui préparaient un large mouvement de riposte depuis plus de trois ans, sont montés au créneau pour dire leur ras-le-bol. Un courage que salue Christophe Kaboré depuis le Cameroun. « Tout le monde sentait venir la chose. On savait que ça allait se terminer de la sorte. Blaise devait renoncer à la modification de la Constitution et terminer son mandat. Depuis trois ans, la société civile et l’opposition ne voulaient pas qu’on touche à l’article 37 de la Constitution qui prévoit deux mandats », soutient celui qui a démissionné du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti de Blaise Compaoré.

Compaoré, ivre de sang

De mémoire, Blaise Compaoré a épuisé deux septennats et deux quinquennats. Visiblement, il en voulait encore. Pourtant, après son accession à la magistrature suprême à la suite de son coup d’Etat de 1987 contre Thomas Sankara, les burkinabè rencontrés dans la capitale économique camerounaise se souviennent que Compaoré avait confié à un confrère qu’il n’avait jamais rêvé du pouvoir et qu’il ne s’y accrocherait. Sa décision de se retirer du palais présidentiel sain et sauf ravit Michel Ouédraogo. Seulement, il déplore le bain de sang de la semaine de la révolution au Burkina Faso. « La volonté d’un seul individu ne devait pas plonger le pays dans un si grand chaos. On a enregistré plus d’une trentaine de morts. Des morts en trop depuis l’assassinat de Norbert Zongo », s’indigne-t-il. Gravé dans les mémoires de tous les burkinabè, Norbert Zongo, brillant journaliste, « avait été assassiné et brulé avec quatre de ses compagnons par un commando de la garde présidentielle, il y a plusieurs années ». Jusqu’à ce jour, les burkinabè souhaitent que lumière soit établie sur ce macabre coup du régime Compaoré. Basé au marché Congo, lieu commercial de la capitale économique camerounaise, le styliste modéliste Maré Ibrahim n’a pas encore totalement oublié sa terrible frayeur occasionnée par la révolution des jeunes de son pays pour débarquer Blaise Compaoré. « Il a beaucoup travaillé, mais le pouvoir se partage. L’homme n’est pas parfait, il a des bons et des mauvais côtés, et Blaise Compaoré est un homme ». Membre du parti au pouvoir, il s’était rendu au Burkina le mois dernier pour rendre visite à sa famille. A Ouagadougou, où il a fait un crochet avant de fixer le cap sur son village natal, il rapporte qu’il a beaucoup entendu parler du journaliste Norbert Zongo et de Thomas Sankara. Les quatre jours passés avec les jeunes lui ont permis de conclure que le sort de Blaise Compaoré était scellé.

Peuple intègre

Le maintien de la paix sur l’ensemble du territoire national burkinabé est le principal vœu de Roger Tassembedo. Et pour lui, il faut restituer le pouvoir aux civils, pense-t-il. Même s’il a quitté le pays de ses aïeux à l’âge de 15 ans pour la Côte d’Ivoire où il a passé 25 ans de sa vie, Roger Tassembedo maîtrise parfaitement l’état d’esprit du peuple burkinabè. Il sait qu’il est inoffensif. Raison pour laquelle, il recommande aux journalistes des médias internationaux de ne pas exagérer dans le traitement des informations sur le Burkina Faso., comme ils l’ont souvent fait sous d’autres cieux, laissant croire que les populations se regardent en chien de faïence. C’est également le même son de cloche chez Lesgo Souleymane, opérateur économique. Cet homme n’est pas contre l’appui de la France ou de la Communauté internationale au Burkina Faso. Seulement, chacun doit normalement faire son travail et éviter des troubles ou des divisions. « Je lui souhaite bon vent et demande à tous les burkinabè d’accepter le prochain président de la République. Ils doivent faire preuve d’intégrité », recommande Lesgo Souleymane. Dans le même sillage de la paix, Christophe Kaboré exhorte la société civile et l’opposition à maintenir l’union sacrée qui existe au Burkina Faso. « Les militaires doivent rester dans les casernes. Ça serait bien pour la démocratie au Burkina et en Afrique », conclut l’un des membres les plus influents de la communauté burkinabè du Cameroun.

Didier Ndengue

 

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